[630] Guyot-Daubès, loc. cit., p. 37.
[631] Il me paraît très probable que ni le médecin Camille Falconet (1671-1762), ni le sculpteur Étienne Falconet (1716-1791), n'est coupable de ce barbare moyen de quintessencier les livres, qu'on leur a confusément attribué à l'un et à l'autre. Victor Fournel (Edmond Guérard) raconte cette anecdote, précisément dans le Dictionnaire (t. I, p. 147) dont nous venons de parler, mais il n'ajoute au nom de Falconet aucun prénom ni aucune épithète. Il indique comme référence Panckoucke; mais ce nom isolé est insuffisant pour nous renseigner. M. Guyot-Daubès (loc. cit., p. 37) accuse nettement, d'ailleurs sans preuve aucune ni indication de source, «le célèbre médecin Falconet». Pour M. Fertiault (les Légendes du livre, p. 200), le coupable serait Étienne Falconet, qui «se rappelait sans doute avec terreur les 45 000 volumes de son oncle Camille, le médecin. C'est Dalembert qui conte le fait», ajoute M. Fertiault. D'abord, ainsi que Jal le démontre (Dictionn., art. Falconet), rien ne prouve les relations de parenté entre Étienne et Camille Falconet; tout porte à croire, au contraire, qu'ils n'appartenaient pas à la même famille. Ensuite, si Dalembert «conte le fait», il n'en nomme pas l'auteur. Voici le texte de Dalembert (Encyclopédie, t. II, p. 228, col. 2, art. Bibliomanie): «J'ai ouï dire à un des plus beaux esprits de ce siècle qu'il était parvenu à se faire, par un moyen assez singulier, une bibliothèque très choisie, assez nombreuse, et qui pourtant n'occupe pas beaucoup de place. S'il achette (sic), par exemple, un ouvrage en douze volumes où il n'y ait que six pages qui méritent d'être lues, il sépare ces six pages du reste, et jette l'ouvrage au feu. Cette manière de former une bibliothèque m'accommoderait assez,» conclut Dalembert. Le médecin Camille Falconet, qui était un très obligeant érudit, possédait une «immense bibliothèque (elle renfermait 45 000 volumes, dont 11 000 entrèrent à la Bibliothèque du roi…). Elle était au service de tout le monde… Sa méthode était d'écrire ses observations sur des cartes (fiches). Il en laisse au moins 90 000, dont la plupart doivent être très curieuses.» (Grimm, Corresp. litt., février 1762, t. V, pp. 46-47. Paris, Garnier, 1878.) Voir aussi Diderot, Œuvres compl., t. XIII, p. 463, Encyclop., art. Biblioth., Paris, Garnier, 1876.—A notre connaissance, aucun contemporain de Camille Falconet ne fait de lui un massacreur de livres, un biblioclaste, au contraire. Ce sont sans doute ses 90 000 fiches, soigneusement confectionnées par lui et léguées à son ami Lacurne de Sainte-Palaye (Cf. Hoefer, Biographie génér., art. Falconet), qui ont fait croire qu'il s'agissait, non de résumés, de réflexions ou d'extraits copiés à la main, mais d'extraits réels, de pages lacérées et enlevées. Telle la singulière confusion qui attribue à Buffon l'habitude d'écrire non seulement en jabot de dentelle et manchettes brodées,—ce qui n'offre rien d'impossible ni de bien surprenant,—mais sur ses manchettes amidonnées; plutôt que l'habitude d'écrire sur les marges ou manchettes de son papier tout simplement.
[632] Gustave Brunet, Fantaisies bibliogr., p. 253.
[633] Annuaire du bibliophile, 1861, p. 215.
[634] Chap. III, p. 34.
[635] Chap. VIII, pp. 100-101.
[636] Loc. cit., p. 105.
[637] Sur la tendance qu'ont les relieurs à trop rogner les livres, cf. supra, chap. V. pp. [154] et suiv.
[638] Voir supra, chap. I, pp. [30] et suiv.
[639] «… Comment ignorer aujourd'hui que, de siècle en siècle, des milliers de pots de confiture ont été hermétiquement fermés aux dépens des documents historiques les plus secrets ou les plus importants? La correspondance du cardinal de Granvelle (l'heureux confident de Charles-Quint), qui ne compte pas moins de quatorze gros volumes publiés par ordre de Guizot, en aurait offert plus de vingt aux âges futurs, si les ménagères d'un antique château de la Franche-Comté n'avaient pas eu plus de sollicitude pour leurs pots de conserves que pour des souvenirs diplomatiques écrits sur vieux parchemin.» (Magasin pittor., 1875, p. 307: Les Ennemis des livres.)