Il serait bon, afin aussi de faciliter les recherches et d'aider le plus possible les lecteurs et travailleurs, de numéroter toutes les pages, les belles pages,—c'est-à-dire les pages impaires, les pages de droite ou recto, débutant par un titre de chapitre,—comme les autres. Je n'ignore pas que MM. les typographes estiment que ce foliotage intégral serait tout à fait disgracieux sur les belles pages et jurerait à l'œil. C'est possible[241]. Mais il y a une chose bien plus désagréable encore, bien autrement incommode et fâcheuse, pour ne pas dire absurde, c'est de voir des volumes entiers (composés de chapitres n'ayant que quelques lignes, ou de menues pièces de vers, de quatrains, de sonnets, etc., commençant et finissant tous en belle page, et dont le verso est, par conséquent, une page blanche ou fausse page), ne possédant pas un seul folio, sans pagination du commencement jusqu'à la fin. Allez donc faire une recherche et vous retrouver dans ce labyrinthe!
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De même que nous vous exhortons de toutes nos forces, et cela dans l'intérêt de vos yeux, à fuir les livres à impressions microscopiques, nous vous engageons, pour le même motif, à éviter les longues lignes, les lignes interminables de certaines publications.
Plus une ligne est longue, plus, pour que la lecture en soit facile et ne fatigue pas les yeux, le caractère doit être fort et l'interlignage large. Ouvrez le tome premier du Dictionnaire de Littré et voyez la «Préface»: les lignes ont 0m,185 de long et occupent toute la largeur de la page; mais le caractère est gros et suffisamment espacé: c'est du corps XIV (romain Didot), interligné à quatre points; aussi ces lignes se détachent-elles bien et se lisent-elles aisément. Voyez plus loin le «Complément de la préface»: le caractère est plus petit, c'est du corps X (romain Didot); mais la page est divisée en deux colonnes, les lignes n'ont plus, comme longueur, que la moitié des précédentes, moins de la moitié même (0m,089), ce qui a permis de leur donner moins d'intervalle que tout à l'heure, de ne les interligner qu'à deux points, et ce qui permet également de les lire sans difficulté. Il n'en serait plus de même si, avec ce caractère corps X ou un plus petit, nous avions la ligne de tout à l'heure, une ligne de 0m,185 de long; plus d'un lecteur aurait l'œil troublé, verrait ces lignes chevaucher et se confondre, les lettres danser et papilloter.
«Gare à vos yeux!» C'est le cri d'alarme lancé jadis par Francisque Sarcey, un passionné liseur et travailleur, dans une intéressante plaquette, qu'il a fait exprès imprimer, dit-il, «en gros caractère et sur du papier teinté pour soulager vos pauvres yeux[242]».
C'est le conseil et la suprême recommandation de tous les amoureux du livre, de tous les chercheurs et fureteurs, tous les curieux et érudits.
Ayez bien soin de vos yeux! Vous ne sauriez avoir pour eux trop d'égards, prendre pour eux trop de précautions. Ce sont les premiers et les plus indispensables de vos instruments.
CHAPITRE V
LA RELIURE
Faut-il faire relier les livres?—Avantages et inconvénients des livres reliés.—Opinion de Sébastien Mercier, de Gabriel Naudé, etc.—Vocabulaire technique de la reliure: plats, dos, tranches, tête, queue, gouttière, etc.—Couture: grecquage; machines à coudre les livres.—Reliure pleine: peaux et parchemin; reliures singulières; reliures uniformes; inconvénients des couleurs claires; reliures à la janséniste, à la fanfare, à l'oiseau, etc.—Demi-reliure.—Cartonnage bradel.—Cartonnage anglais.—Encore la couture: couture de la brochure; couture de la reliure; supériorité de la couture à la machine.—Couture métallique.—Reliure arraphique.—Colles diverses.—Conseils pratiques: ne pas faire relier de livres récemment imprimés;—choisir l'époque propice;—laisser au relieur un laps de temps raisonnable;—pas de recueils factices;—gare au rognage!—respecter les marges: témoins, larrons;—conserver les couvertures imprimées;—titres à pousser;—modèles à donner au relieur;—collationnez vos volumes.—Tarif de reliures.—Du choix d'un relieur.
Une question se pose tout d'abord: sans nous occuper de l'aspect du livre et de sa décoration, en nous plaçant uniquement au point de vue pratique, faut-il faire relier les livres? S'il ne s'agit que de leur conservation et de la commodité et stabilité de leur rangement, l'affirmative n'est pas douteuse; mais si vous envisagez leur maniement, le degré de facilité qu'ils peuvent présenter pour la lecture ou les recherches, l'hésitation est très permise, pour les volumes du moins qui n'excèdent pas l'in-8.