Peignot pense qu'«avec trois à quatre cents volumes, on pourrait se composer la collection la plus précieuse qu'un amateur puisse posséder[346]».
Sans donner de chiffres ni préciser, Mouravit fait ce sage aveu que «le premier et difficile problème que doit résoudre un vrai bibliophile est celui-ci: se faire une excellente bibliothèque avec le moins de livres possible[347]».
Et l'éloquente voix de Lacordaire nous avertit que, «à part le besoin des recherches dans un but utile, il ne faut lire ici-bas que les chefs-d'œuvre des grands noms: nous n'avons pas de temps pour le reste[348]».
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Mais si, d'ordinaire et selon la remarque du patriarche-philosophe de Ferney, on n'a et l'on ne peut avoir qu'un petit cercle d'amis, on ne risque rien de posséder beaucoup de relations; si, d'accord avec Lacordaire, nous n'avons pas de temps à consacrer aux écrits de second ordre, et s'il est sage de nous en tenir aux chefs-d'œuvre, de nous borner à nos maîtres préférés, il est non moins judicieux et profitable d'être abondamment pourvu d'ouvrages à consulter, d'ouvrages de recherches, de référence: dictionnaires, manuels, annuaires, répertoires, etc.
Ici seuls l'emplacement et la fortune dont vous disposez doivent limiter vos exigences.
Francisque Sarcey disait[349] que tout ce dont il avait besoin, en fait de connaissances, il le trouvait dans le Larousse. Cette vaste publication, accompagnée de ses deux suppléments et toujours complétée et mise au pair par la Revue encyclopédique ou universelle, la «Revue Larousse», peut tenir lieu, en effet, d'une bibliothèque. Malgré ses imperfections, malgré ses erreurs, moins fréquentes que d'aucuns se plaisent à l'insinuer, peu nombreuses même, en somme, si l'on considère l'énorme quantité de texte qu'elle renferme, elle réalise bien le grandiose projet de son auteur et fondateur, elle est bien la véritable Encyclopédie du XIXe siècle.
La Grande Encyclopédie, commencée il y a une douzaine d'années par l'éditeur Lamirault et encore en cours de publication, renferme, surtout dans ses premiers volumes, d'excellents articles, rédigés avec soin, amplement documentés, et ayant leur empreinte personnelle.
D'autres recueils encyclopédiques, comme le Dictionnaire de la Conversation, l'Encyclopédie moderne de Didot, etc., ont eu leur vogue et ont encore leur valeur; mais ils datent de loin déjà, et, sur bien des points, ne sont plus à jour.
Pour la langue française, l'historique et l'emploi des mots, rien ne remplace l'admirable dictionnaire de Littré, qui n'a qu'un défaut, c'est d'avoir trop restreint ses alinéas, de les avoir supprimés notamment dans ses citations de vers, ce qui fait ressembler ceux-ci à de la prose. Au dictionnaire de Littré ajoutez celui de notre ancienne langue et de ses dialectes du IXe au XVe siècle de Frédéric Godefroy, ainsi que des vocabulaires grecs, latins (Ducange—basse latinité—et Freund, par exemple), et des principales langues vivantes.