Mais ne nous occupons que des systèmes plus en usage et courants, des meubles en bois, destinés à un cabinet de travail ou à une chambre d'étudiant.

Le chêne, le noyer, l'acajou, le palissandre, le poirier noirci, qui imite si bien l'ébène, sont les essences qui, si votre budget vous le permet, conviennent le mieux pour les montants, plinthes et corniches de vos bibliothèques[402]. Pour les tablettes, contrairement à l'avis de Peignot, employez un bois moins dur, aussi bien pour ne pas donner un poids inutile à votre meuble qu'afin de vous épargner un non moins inutile surcroît de dépense: le pin ou le pitchpin, passé en couleur, de façon à s'harmoniser avec les montants, et garni, sur le côté extérieur, d'une baguette de même essence qu'eux, suffira très bien et vous satisfera pleinement.

Si vos humbles ressources vous contraignent à la plus stricte économie, laissez de côté le chêne et autres bois compacts et coûteux, et n'employez, pour toute votre bibliothèque,—vous ne vous en trouverez pas plus mal,—pour les tablettes, aussi bien que pour les montants, la plinthe et la corniche ou simple saillie, que des bois résineux, ennemis des insectes, et de prix modique: pin, pitchpin, mélèze, etc., auxquels vous ferez donner la teinte qu'il vous plaira.

Qu'il n'y ait jamais guère plus d'un mètre d'intervalle entre vos montants; en d'autres termes, que vos tablettes n'aient jamais plus de 1 mètre à 1 m. 30 de longueur: avec une portée plus grande, elles risqueraient de fléchir sous le poids des livres[403]. Leur largeur sera naturellement subordonnée à la profondeur de votre bibliothèque, c'est-à-dire que cette largeur variera selon que vous vous proposez d'avoir ou de n'avoir pas plusieurs rangées de livres les unes derrière les autres. Avec une seule rangée, vous pourriez donner à vos tablettes un peu plus de la largeur de vos plus grands volumes, de vos in-4, par exemple (0 m. 23), soit 25 centimètres. Pour l'épaisseur, 2 centimètres sont suffisants.

Il est important que la face antérieure des montants ne déborde pas sur les tablettes, qu'elle en laisse bien les deux extrémités à découvert, de façon à ne pas cacher les livres placés à ces extrémités, et à permettre de prendre et de remettre ces volumes aisément, sans risque de les froisser et endommager.

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Comment adapter les tablettes aux montants? Et d'abord, faut-il qu'elles soient fixes ou mobiles?

Les livres devant être, ainsi que nous l'expliquerons plus loin, rangés selon leur hauteur ou format, il n'y aurait guère d'inconvénients, comme le constatent MM. Albert Maire et Guyot-Daubès[404], à ce que les tablettes fussent établies à demeure, c'est-à-dire fixées directement aux montants au moyen de mortaises, ou, ce qui vaudrait moins, à cause des inégalités et saillies intérieures qui en résulteraient, posées sur des tasseaux cloués à ces montants. En tout cas, il serait prudent de clouer par l'extérieur et de bien s'assurer qu'aucune extrémité de clou ne dépasse à l'intérieur et ne peut érafler les volumes.

Mais, malgré l'opinion des deux bibliographes précités, les tablettes mobiles sont généralement préférées aux tablettes fixes[405]; elles offrent d'ailleurs certains incontestables avantages, en cas de déménagement, par exemple[406], ou de simple changement de place. Donc, ces tablettes ou rayons mobiles, par quoi les soutenir et comment les manœuvrer?

Le système des crémaillères a été longtemps en honneur et est encore communément employé. On sait en quoi il consiste. A l'intérieur des deux montants d'une bibliothèque ou de toute travée de bibliothèque, sur le bord antérieur et sur le bord postérieur de chacun de ces montants, sont fixées de longues bandes de bois taillées en dents de scie et placées autant que possible de telle sorte que les dents de ces crémaillères soient exactement en face les unes des autres. On prend des tasseaux, sorte de languettes de bois dont les bouts sont coupés en biseau, et on les encastre deux par deux, à la hauteur que l'on désire, dans les crans de ces crémaillères, en ayant soin que ces crans se correspondent, se trouvent bien vis-à-vis, sur le même plan horizontal. S'il en était différemment, si l'un des tasseaux était plus bas ou plus haut que l'autre, la tablette qu'on y poserait suivrait évidemment cette inclinaison et pencherait d'un côté ou de l'autre.