Parmi les mystiques de cette époque, on distingue surtout Mlle Bourignon et Mme Guyon. Celle-ci, la malheureuse amie de Fénelon[23], prétendait être en communion avec les saints, avait des visions, jouissait du vol d'esprit et de l'extase, opérait des cures merveilleuses, etc. Ainsi que le dit M. Matter[24], «sa vie offre un ensemble de phénomènes psychologiques d'un intérêt infini et dignes d'une étude sérieuse.» Ajoutons qu'à notre connaissance, cette étude n'a pas été faite et que Mme Guyon attend encore un historien impartial.
Le plus illustre des théosophes du XVIIIe siècle est le Suédois Swedenborg (1688-1772), savant, philosophe, écrivain, qui, après une brillante carrière scientifique, eut, à l'âge de 56 ans, à Londres, une vision qui changea complètement l'orientation de ses idées et de sa vie. Dès lors, il dit adieu à la science et, en proie à une sorte d'illuminisme poétique, fonda une religion nouvelle, qui s'éloigne du luthéranisme, encore plus du catholicisme, et qui est du «mysticisme tout pur»[25]. Cette doctrine du Nouvel Avènement eut bientôt d'innombrables adeptes.
Pour nous, nous n'avons qu'à retenir que Swedenborg prétendait conférer avec les patriarches, les prophètes, les philosophes de l'Antiquité, que son âme pouvait, à travers toute distance, se mettre en contact avec celle de ses adeptes, que, de Gothembourg, il vit l'incendie de Stockolm, qu'enfin il prédit le moment exact de sa mort, etc.[26].
Malgré son éducation scientifique—il s'était notamment occupé d'anatomie et de minéralogie,—Swedenborg, comme tous les théosophes dont nous avons cité les noms, n'avait jamais songé à rapporter aux forces de la nature la cause des prodiges qu'il produisait ou dont il était témoin.
Pour tous ces mystiques, ces miracles étaient produits par des puissances divines, par de bons ou de mauvais esprits, par les âmes des morts, etc.
Mesmer, le premier, quoique hanté, lui aussi, de préoccupations mystiques, essaie de rapporter à une cause un peu plus naturelle la production de ces phénomènes. Dans sa thèse intitulée: De l'influence des astres, des planètes, sur la guérison des maladies, le médecin allemand prétendait «que les corps célestes exercent, par la force qui produit leurs attractions mutuelles, une influence sur les corps animés, spécialement sur le système nerveux, par l'intermédiaire d'un fluide subtil qui pénètre dans tous les corps et qui remplit tout l'univers». C'est ainsi qu'il fonde la doctrine du Magnétisme animal, doctrine qui, en réalité, n'était point nouvelle. Sans remonter aux théories des anciens orientaux, dont nous avons parlé plus haut, on en trouve des traces très nettes dans Paracelse, Burgraëve, le Père Kircher, etc.[27].
On connaît l'existence accidentée de l'inventeur du fameux «baquet» et les pratiques charlatanesques auxquelles il eut recours pour attirer la clientèle; ce furent elles qui jetèrent tant de discrédit sur les théories du Magnétisme animal. Pourtant, ainsi que le dit M. Bernheim[28], «tout n'était pas nul dans les folles et orgueilleuses conceptions du Mesmerisme». Pour en donner une idée, citons seulement cette proposition de Mesmer:
«On trouve, dit-il, dans le corps humain, des propriétés analogues à telles de l'aimant, on y distingue des pôles également divers et opposés»[29].
Voilà mentionnée la polarité humaine, retrouvée de nos jours par Reichenbach[30], Durville, Chazarain, de Rochas, etc.
Nous avons dit, au début de cet aperçu historique, que l'un des caractères essentiels du Merveilleux était son polymorphisme. C'est cette grande variété dans ses modes de manifestation qui rend son histoire confuse et difficile à exposer, surtout lorsqu'on arrive à la fin du siècle dernier et au nôtre. Alors, en effet, l'attention est sollicitée par une foule de noms divers qui la déconcertent: Occultisme, Magie, Magnétisme, Somnambulisme, Hypnotisme, Spiritisme, etc., etc.