Quant à Simon de Samarie, dit le Magicien, non seulement il fut aussi adoré comme un être divin par le peuple et le Sénat de Rome, mais plusieurs Pères de l'Eglise, et saint Justin entre autres, ne sont pas éloignés de le considérer, eux aussi, comme un dieu. Cependant, tous les Pères ne sont pas à ce point favorables au célèbre magicien, et l'on sait que ce fut, grâce aux prières de saint Pierre, que le thaumaturge fut précipité du haut des airs, où il s'était élevé «par la puissance de deux démons». Les miracles qu'on lui attribue sont innombrables: il crée des statues qui ont la propriété de marcher; il change les pierres en pain. Enfin, un jour, il dirige la foudre sur le palais de Néron.
D'ailleurs, pendant le siècle où vécut cet homme et pendant ceux qui suivirent, à cette époque si confuse qui vit l'agonie du Paganisme, le triomphe du Christianisme, et où pullulèrent les sectes hérésiaques[16], toutes les sciences occultes, toutes les pratiques de la superstition la plus vulgaire furent en grand honneur. Alors, déjà, on parlait des tables tournantes et des esprits frappeurs. Tertullien, au milieu du IIe siècle, affirmait, devant le Sénat romain, l'existence de la divination[17] par les tables, et il en parlait comme d'une pratique courante. A la fin du IVe siècle, c'est Ammien Marcellin qui nous conte l'histoire de deux païens, Patricius et Hilarius, accusés de magie, pour avoir recouru à la divination par les tables et par l'anneau suspendu, telle que la pratiquent encore les modernes spirites.
Quant aux esprits frappeurs, c'est pour eux qu'a été faite la prière suivante, qu'on lit dans les anciens rituels de l'Eglise: «Mettez en fuite, Seigneur, tous les esprits malins, tous les fantômes et tout esprit qui frappe (spiritum percutientem)»[18].
Pendant les premiers siècles de notre ère, nous trouvons, comme dépositaires de la doctrine occulte, et par conséquent comme faiseurs de miracles, les Gnostiques, les Néo-Platoniciens de l'Ecole d'Alexandrie, chez lesquels, depuis Plotin jusqu'à Proclus, la philosophie s'associait aux pratiques de la théurgie, de l'évocation des esprits, etc.[19].
Porphyre raconte que Plotin, séparé de lui, sentit cependant l'intention où était son disciple de se donner la mort.
Au Moyen-Age, les diverses sciences occultes, Magie, Alchimie, Kabbale, ont, quoique mal vues par l'Eglise, de nombreux et brillants représentants. Et ici, nous passerons plus rapidement encore sur les théories et les pouvoirs surnaturels des Albert le Grand, des Raymond Lulle, des Nicolas Flamel, des Paracelse, des Van Helmont, etc., etc.
L'enquête commencée sur eux par quelques esprits curieux et impartiaux est de date encore trop récente[20]. Contentons-nous de dire que, lorsqu'on aura bien voulu vérifier, en les rapprochant des résultats obtenus par la science moderne, les enseignements de ces maîtres d'autrefois, on sera forcé de rendre justice, sur ce point comme sur bien d'autres, à ce grand Moyen-Age, souvent méconnu par la pédante et partiale incompréhension de notre époque.
Au XVIe et au XVIIe siècle, la croyance au Surnaturel était universelle en Europe. Jamais temps ne comptèrent plus de sorciers de toute sorte, plus de possessions démoniaques et d'exorcismes. Alors les «juges civils admettent la sorcellerie et la magie comme des faits indubitables, qu'ils ne songent pas même à expliquer autrement que par l'action du démon»[21].
Citons seulement, pour mémoire, l'affaire des Ursulines de Loudun, dont fut victime Urbain Grandier, celle des paysans du Labourd. Ajoutons aussi, à titre de curiosité, que Descartes, le sceptique le plus déterminé en apparence, tomba plusieurs fois en extase, alors qu'il avait 24 ans; dans l'une d'elles, il entendit une explosion, il vit «des étincelles briller par toute la chambre»; il perçut une voix du Ciel qui lui promettait de lui enseigner le vrai chemin de la science, etc.
A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, nous rencontrons un grand nombre de théosophes, de visionnaires, de mystiques, d'illuminés, etc. C'est l'époque où les petits pâtres protestants, en proie à un alluminisme extatique, prophétisent dans les Cévennes; où les Convulsionnaires jansénistes invoquent les prodiges accomplis sur le tombeau du diacre Pâris; où, d'un autre côté, Jacques Aymar, Mlle Olivet, Mlle Martin, font des miracles au moyen de la baguette divinatoire, tandis que l'abbé Guibourt célèbre la messe noire[22].