L'Inde a toujours été, et elle l'est encore de nos jours, la terre d'élection du Surnaturel. C'est là que, d'après les travaux des occultistes contemporains dont nous parlerons plus loin, aurait pris naissance la Science occulte, c'est-à-dire un corps de doctrine qui, entre autres enseignements, affirme l'existence d'une force spéciale et mystérieuse, inhérente au corps humain et aux autres corps de la nature. Elle dériverait d'une Force unique, sorte de «fluide et de vibration perpétuelle», à la fois «substance et mouvement»; et c'est à elle que seraient dus tous les phénomènes d'apparence surnaturelle.

Des sanctuaires indiens, où les thaumaturges la tenaient secrète, cette Science ésotérique, mère de toutes les sciences occultes, serait passée d'abord en Chaldée, dans les temples de Mithrâ, puis en Égypte, dans ceux d'Osiris et d'Isis; et l'on peut lire dans Jamblique, Porphyre et Apulée, le très curieux récit des épreuves physiques et morales auxquelles étaient soumis les adeptes, lors de leur initiation.

Tous les grands réformateurs religieux ou philosophes auraient été initiés[11] à la doctrine occulte, et Moïse lui-même en aurait enfermé l'essence dans la Genèse. La Kabbale, avec ses deux livres fondamentaux, le Sepher Iesirah et le Zohar, ne serait que la clé qui permettrait de découvrir, sous le sens ordinaire, sous le sens littéral de la Bible, la signification secrète[12].

Toutefois, au point de vue exclusivement positif et scientifique qui est le nôtre, nous sommes mal renseignés sur les miracles que pouvaient produire les thaumaturges de l'Inde, de la Chaldée, de l'Égypte, etc. On n'a qu'à lire les très savants ouvrages d'Eusèbe Salverte et de M. de Rochas, pour voir que beaucoup de ces prétendus miracles n'étaient dus qu'à la connaissance anticipée, et tenue soigneusement cachée, de quelques lois de nos sciences positives. Il n'y aurait rien d'étonnant, cependant, à ce que des hommes qui consacraient leur vie à l'étude des forces occultes de l'organisme humain et de la nature ne fussent arrivés à des résultats dont nous commençons à peine à entrevoir la possibilité.

Dans l'Antiquité grecque et latine, on connaît les prêtres et les devins qui prédisaient l'avenir, les pythonisses qui rendaient des oracles, en s'agitant sur leur trépied, les sibylles qui, elles, prophétisaient avec calme, sans convulsions.

En général, on ne sait pas assez à quel point les Grecs étaient superstitieux[13]; pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire les récits d'Hérodote: ce ne sont que prodiges plus merveilleux les uns que les autres, si merveilleux même que, quelquefois, l'auteur se refuse à les croire.

On lira aussi, dans Théophraste, le portrait, qui ne paraît pas trop chargé, de l'Athénien superstitieux[14].

Les plus célèbres thaumaturges furent d'abord Pythagore, l'auteur des Vers Dorés; il avait été initié, dans l'Inde, à la doctrine occulte; il était, paraît-il, visité par les dieux, il savait se faire écouter des bêtes, etc. Un jour, par la seule force de sa volonté, il aurait arrêté le vol d'un aigle!... Puis viennent Apollonius de Thyane et Simon le Magicien, deux initiés eux aussi.

«Apollonius, comme le dit M. Chassang[15], a été, de son vivant même, non seulement honoré comme un sage, mais redouté par les uns comme un magicien, adoré par les autres comme un dieu, ou tout au moins vénéré comme un être surnaturel.»

Parmi bien d'autres faits miraculeux que raconte avec complaisance son biographe Philostrate, on voit qu'il put prédire d'Éphèse, en Asie-Mineure, où il se trouvait, l'assassinat de l'empereur Domitien, à Rome, à l'instant où cet assassinat se produisait. Une autre fois, il fut transporté subitement de Smyrne à Ephèse, etc., etc.