Si ce n'est pas cela qui est l'explication, la réalité des phénomènes donnés par elle me paraît tout à fait certaine. Eh bien, je l'avoue, cette explication par des mouvements de ses pieds et de ses mains est peu satisfaisante. Dans quelques expériences....., celle, par exemple, de la chaise qui est venue derrière le rideau se placer sur le bras de M. Finzi, en demi-lumière..., je ne vois pas du tout comment la main d'Eusapia a pu se dégager, et comment, s'étant dégagée, cette main a pu accomplir le mouvement en question. Je me déclare donc incapable de comprendre.
Mais, d'autre part, il s'agit de faits si absurdes qu'il ne faut pas se satisfaire à trop bon compte[136]. Les preuves que je donne seraient bien suffisantes pour une expérience de chimie. Elles ne suffisent pas pour une expérience de spiritisme................
En définitive: Quelque absurdes et ineptes que soient les expériences faites par Eusapia, il me paraît bien difficile d'attribuer les phénomènes produits à une supercherie soit consciente, soit inconsciente, ou à une série de supercheries. Toutefois, la preuve formelle, irrécusable, que ce n'est pas une fraude de la part d'Eusapia et une illusion de notre part, cette preuve formelle fait défaut.
Il faut donc chercher de nouveau une preuve irrécusable.
Charles Richet.
On a pu s'en convaincre, il serait difficile d'être, plus que M. Richet, pénétré du véritable esprit scientifique, de se montrer d'une exigence plus scrupuleuse en fait de méthode et de preuves. Pareilles qualités intellectuelles, jointes à un philonéisme aussi éclairé qu'ardent, nous sont de sûres garanties que la cause de la Psychologie occulte ne saurait être en de meilleures mains. Avec une telle intellectualité, l'écueil,—s'il pouvait y en avoir un—serait précisément, par un ironique retour, une suspicion trop tenace, une exigence poussée trop loin en fait de preuves....
Nous voici parvenu à la fin de cette étude des Phénomènes physiques occultes, et cette progression à travers l'Absurde vient d'atteindre à son plus haut sommet, celui où le vertige est proche...
Pas plus ici que précédemment, l'on ne doit nous demander des considérations plus ou moins développées, plus ou moins subtiles sur ces obscurs et inquiétants mystères, car, partout, dans l'Occulte, nos habitudes mentales, nos procédés de raisonnement et d'appréciation se trouvent en défaut. De quelque côté qu'il se tourne, l'esprit se heurte à des difficultés presque insurmontables et surtout irritantes. La seule attitude qui lui convienne donc, la seule rationnelle est une expectative impartiale et attentive.
Certes, nous en avons assez dit pour exciter à d'exhilarantes joies ou à d'apitoyés haussements d'épaules les délectables exemplaires humains étiquetés «Beaux-Esprits». Et c'est déjà un résultat...
Aurons-nous réussi de même à susciter chez les âmes sérieuses, dans les cerveaux sagement réceptifs, non pas un entraînement passager, non pas une conviction hâtive, mais la notion raisonnée de l'Anormal possible, mais un intérêt réfléchi pour les Phénomènes de l'Occulte?