Nous n'en savons rien pour le moment; il est bon toutefois de se rappeler que, lors des premiers travaux sur l'hypnotisme, on croyait très restreint le nombre des personnes hypnotisables, et que, depuis, ce nombre s'est singulièrement accru.

Un des caractères psychiques dominant chez les médiums, c'est la tendance au mensonge, à la tricherie. On peut même dire que c'est à leurs nombreuses fraudes qu'est dû le discrédit qui, aujourd'hui encore, entrave d'une façon si fâcheuse les progrès de la Psychologie occulte. Ici, comme partout ailleurs, on conclut trop vite du particulier au général, et l'on s'imagine que, parce qu'un médium a été surpris «la main dans le sac», il ne saurait partout et toujours que tricher. Or, il n'en est pas du tout ainsi. Certes, nous ne saurions trop dénoncer et trop mettre en garde contre les nombreux jongleurs qui se donnent effrontément pour médiums; mais il n'en est pas moins vrai que, d'après le peu que nous en savons, la faculté médianimique paraît être très capricieuse, très variable chez le même individu, d'un jour à l'autre, d'une heure à l'autre; il en résulte qu'un bon médium, désespérant d'obtenir par son seul «fluide» certains phénomènes qu'on lui demande, peut se laisser entraîner—parfois inconsciemment—à «simuler» la production de ces phénomènes. Du reste, voici ce que dit M. Dariex, au sujet des fraudes des médiums et des précautions à prendre dans l'expérimentation des phénomènes psychiques[144]:

«Il ne faudrait pas conclure que tout est supercherie et que les faits n'existent pas; nous avons la ferme conviction que des faits d'ordre psychique ou, si l'on veut, spiritiques, existent, et il ne nous est plus permis de repousser la télépathie, ni la lucidité; quant aux mouvements d'objets sans contact, nous avons de puissantes raisons pour en admettre la réalité, mais nous tenions à démontrer que l'expérimentation de ces phénomènes est délicate et difficile, et que, pour la mener à bien, il est utile, comme d'ailleurs pour la plupart des choses, d'en avoir une longue pratique.

»Les médiums sont habiles et très enclins à la supercherie, même quand ils ne sont pas gagés et n'ont aucun intérêt matériel à tromper. Beaucoup d'entre eux... simulent le phénomène attendu, s'il ne se produit pas naturellement, ou s'il tarde à se produire; tantôt ils agissent inconsciemment, tantôt ils sont plus ou moins conscients, mais sont mus par une impulsion à laquelle ils ne peuvent résister. Cette impulsion à simuler le phénomène, déjà longtemps attendu, n'est pas exclusive aux médiums, beaucoup de personnes l'éprouvent, mais, plus énergiques ou moins impressionnables que ces derniers, elles y résistent d'habitude...

»Les spirites prétendent que les «esprits» aiment la musique, qu'elle aide aux phénomènes.

»Beaucoup de médiums ont, en effet, l'habitude de demander que l'on chante ou que l'on joue de quelque instrument de musique; à les entendre, on serait plus mélomane dans l'autre monde que dans celui-ci... Ces bons «esprits» auraient-ils aussi une grande prédilection pour les odeurs, spécialement pour l'éther, dont l'odeur pénétrante se répand immédiatement dans toute la pièce? Les phénomènes augmenteraient beaucoup en intensité, disent les spirites et les occultistes.

»Nous ne croyons pas que ces deux affirmations aient jamais été prouvées, tandis que nous savons que les médiums profitent souvent de ce que le chant masque le bruit de leurs mouvements et détourne l'attention des assistants, pour tricher plus à leur aise; ils sont aussi plus à leur aise pour produire des phénomènes lumineux, quand l'odeur de l'éther masque celle du phosphore.»

D'où la nécessité grande, quand on se livre à l'expérimentation des phénomènes psychiques, de se méfier de la musique, des odeurs et des médiums.

Au reste, disons, en finissant, que, d'une façon générale, nous déconseillons la pratique des Phénomènes occultes. Certes, leur seule pensée pourrait, par les problèmes élevés qu'elle suggère, secouer peut-être l'apathique aïdéisme qui, en ces jours de matérialité triomphante, n'a que de trop nombreux et de trop fervents adeptes; mais les dangers que présentent des recherches de ce genre, pour un parfait équilibre mental, doivent les faire interdire aux esprits qu'une éducation intellectuelle solide n'a pas prémunis là-contre.

Seuls, les médecins, dont le concours pourrait être si précieux, ne devraient négliger aucune occasion de faire des expériences médianimiques. Leurs efforts n'auraient-ils que des résultats médiocres, la Psychologie occulte—nous le répétons—touche à des questions d'une telle transcendance, que son seul commerce pourrait les arracher à cette incuriosité intellectuelle, dans laquelle la pratique exclusive et terre-à-terre de leur art n'a que trop de tendance à les enliser.