Or, on saisit sans peine les conséquences d'un rapprochement entre la Psychologie occulte et l'Hypnotisme. Si l'on pouvait démontrer, en effet, que les Phénomènes occultes ne sont en quelque sorte que les phénomènes transcendantalisés de l'Hypnotisme, il est presque certain que la Psychologie occulte, désormais moins suspecte, aurait moins de préventions à vaincre et pourrait espérer, dans un avenir plus proche, une solution satisfaisante de ses inquiétants problèmes[137].
Les affinités probables entre médiums et sujets ont été depuis longtemps pressenties. C'est ainsi que Perrier écrivait, en 1854: «Les médiums sont des somnambules incomplets[138]», et qu'après lui, Chevillard disait que c'est «le même phénomène qui produit le somnambulisme et le spiritisme[139]». Mais ces auteurs, et d'autres encore, n'avaient surtout en vue que les médiums à incarnations, à écriture directe, etc., bref, ceux que l'on peut nommer les médiums douteux, en sorte que leurs conclusions ne sauraient être probantes.
Plus récemment, M. Janet et le docteur Encausse (Papus) ont repris cette étude comparative. Par malheur, ces auteurs, eux aussi, s'occupent surtout de cette classe de médiums chez lesquels l'existence de la Force psychique n'est nullement démontrée, et M. Janet n'a pas de peine à prouver qu'ici médium et sujet ne font qu'un[140].
Suivant nous, le problème à résoudre se pose ainsi: rechercher et établir les similitudes qui—soit pendant la veille, soit pendant le sommeil—peuvent exister entre les sujets hypnotiques et les personnes qui, paraissant douées d'une Force spéciale, produisent des Phénomènes différant absolument de ceux de l'Hypnose[141], tels que mouvements d'objets sans contact, matérialisations, etc.
M. Encausse, dans son Traité de Science occulte, a consacré plusieurs pages d'un intérêt particulier à cette étude comparative; il établit un parallèle entre le sujet et le médium, d'abord à l'état de veille, puis dans le sommeil, et il parvient à établir chez le second l'existence de phases analogues à celles que traverse le sujet. Ce qui affaiblit un peu, du moins à notre avis, les conclusions de l'auteur, c'est qu'il ne fait pas de différence, quant à leur origine, entre les phénomènes médianimiques qui peuvent s'interpréter scientifiquement (typtologie, mouvements de la table avec contact, écriture directe, incarnation, etc.) et les autres, ceux qui révèlent seuls une médiumnité réelle. Il semble que, pour M. Encausse, un médium à incarnations soit aussi sûrement médium que celui qui produit des matérialisations ou des effets à distance[142]. Nous sommes persuadés que le savant chef de clinique du Dr Luys possède de solides raisons pour penser ainsi; quant à nous, nous ne voulons pas affirmer, encore un coup, que les incarnations et l'écriture directe ne puissent reconnaître une cause réellement médianimique; mais comme ces faits sont passibles d'une interprétation rationnelle—du moins dans tous les cas que nous connaissons,—nous ne pouvons pas les considérer comme dus sûrement à une faculté, à une force occulte de l'organisme.
Que si l'on nous objecte que le même médium peut produire—ce qui est vrai—des incarnations et des matérialisations, l'écriture directe et des effets à distance, nous répondrons que cela ne saurait nullement prouver l'identité de cause des phénomènes. Les théories de l'automatisme psychologique et des variations de la personnalité expliquent suffisamment les premiers de ces faits et, pour le moment, restent impuissantes devant les seconds: simplement.
En résumé, disons donc que si certains médiums, les médiums à incarnations, à écriture directe, etc.—les plus nombreux—peuvent être et ont été justement assimilés aux sujets hypnotiques, pareille assimilation, bien que probable, reste encore à établir entre ces mêmes sujets et les grands, les véritables médiums, c'est-à-dire ceux qui, doués d'une force spéciale, produisent des phénomènes que nulle donnée de l'Hypnotisme ne peut plus interpréter.
Et maintenant, rappelons en substance que les médiums sont, le plus souvent, des êtres très nerveux, très impressionnables, enclins à l'envie, à la dissimulation et d'une susceptibilité qui rend leur commerce difficile. La plupart du temps, ils présentent des tares nerveuses plus ou moins graves, et les cas ne sont pas rares de médiums morts fous[143].
Nous le répétons, les examens détaillés et complets, tant, au point de vue anatomo-physiologique que psycho-pathologique, font presque entièrement défaut. On en est donc réduit, jusqu'à maintenant, à des notions très vagues sur ces êtres étranges.
La force qu'ils possèdent leur est-elle particulière? et ne saurait-on en trouver le rudiment chez les autres êtres?