Certes, nous ne nous dissimulons pas que ces études si nouvelles nous réservent peut-être bien des déceptions. Qu'importe, s'il nous reste une chance, une seule d'atteindre à des résultats dont on peut dire que les entrevoir seulement effare l'imagination!

Non pas, cependant, que, dans leur essence, les Phénomènes occultes soient plus «merveilleux» que n'importe lequel des faits qui se passent journellement sous nos yeux. Pour tout esprit tant soit peu philosophique, les mouvements d'un objet sans contact ne constituent pas un «incompréhensible» plus profond, un prodige plus étonnant que la germination d'une simple graine. L'absurde n'est-il pas, suivant le mot de Gœthe, «la véritable âme de notre monde?» Seulement, les Phénomènes de l'Occulte sont en dehors de notre expérience journalière, ils bouleversent notre routine mentale; de plus—et c'est ce qui achève de désorbiter l'esprit—ils nous révèlent l'existence probable de nouveaux, d'inespérés éléments dans la série des Forces, ils projettent de révélatrices et aveuglantes lueurs dans les ténèbres de ces mystérieux «Au-delà» que la pensée humaine a toujours soupçonnés et jamais pénétrés...

Donc, encore un coup, et c'est ici notre seconde conclusion—corollaire logique de la première,—il est temps d'entrer et d'entrer hardiment dans ces régions de l'Occulte, trop longtemps l'apanage de la Superstition et de la Fraude; il est temps de reconnaître ce nouveau et peut-être si fertile domaine, auquel M. Lodge assigne les limites suivantes:

«Limitrophe à la fois, dit-il, à la physique et à la psychologie, cette région intermédiaire entre l'énergie et la vie, entre l'esprit et la matière, est bornée au nord par la psychologie, au sud par la physique, à l'est par la physiologie, et à l'ouest par la pathologie et la médecine..... Jusqu'à présent, nous avons trop hésité à pénétrer dans ce nouveau domaine, mais bientôt nous l'envahirons.»

Et il continue par ces paroles, qui seront les dernières de notre étude:

«Ce que nous savons n'est rien auprès de ce qui nous reste à apprendre, dit-on souvent, quoique parfois sans conviction. Pour moi, c'est la vérité la plus littérale, et vouloir restreindre notre examen aux territoires déjà à demi-conquis, c'est tromper la foi des hommes qui ont lutté pour le droit de libre examen, c'est trahir les espérances les plus légitimes de la Science.»


NOTES:

[1] Lettre à M. Dariex sur les Phénomènes psychiques, in Annales des Sciences psychiques.—No 1.