Mentionnons pour mémoire l'article que Dechambre fit paraître sur la doctrine spirite, dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie (1859), dans lequel il a la sagesse de ne point se prononcer sur la réalité des phénomènes psychiques occultes[46].
Mais deux de ses collaborateurs au Dictionnaire des Sciences médicales, MM. Han et Thomas, loin de suivre son exemple, ne veulent voir, dans tous les faits spirites, que le résultat de l'hallucination et surtout de l'escroquerie (article Spiritisme).
Nous arrivons enfin à la période actuelle et à celle qui l'a précédée immédiatement.
C'est en 1870 que le professeur William Croockes[47], qui, parmi bien d'autres titres de gloire, a celui d'avoir découvert un nouveau corps simple métalloïde, le Thallium, et un nouvel état de la matière, la matière radiante, voulut savoir enfin à quoi s'en tenir sur les phénomènes dont les spirites affirmaient la réalité avec une bonne foi absolue et même une conviction de fanatiques. Se défiant du témoignage de ses propres sens, et pour qu'on ne pût prétendre qu'il avait été dupe d'une hallucination, il eut recours aux instruments enregistreurs dont il usait dans ses recherches scientifiques ordinaires.
Les résultats qu'il a obtenus et consignés dans son livre de la Force Psychique sont tels que, bien que l'on soit intimement persuadé de la haute valeur et de l'honorabilité absolue de l'observateur, l'esprit hésite cependant à les admettre sans réserves.
Nous aurons à en parler longuement dans le courant de cette étude.
Disons seulement qu'à la suite des travaux de Croockes, qui ne trouvèrent aucune créance auprès des Académies, il s'est formé en 1822, en Angleterre, une Société des Recherches Psychiques (Society for psychical Researches), qui se consacre à l'étude des phénomènes de psychologie occulte. Elle a pour président Henry Sydgwick et compte parmi ses membres honoraires Croockes, Gladstone, John Ruskin, Alfred Russel Wallace[48]. Ajoutons qu'au dernier Congrès de l'Association britannique pour l'avancement des Sciences, M. Lodge, président de la section des sciences mathématiques et physiques, vient, en un très beau langage, de reconnaître officiellement la nécessité de l'étude des Phénomènes psychiques occultes.
Les expériences de Croockes sur la force psychique furent reprises en Allemagne par l'astronome Zœllner, professeur à l'Université de Leipzig, assisté de plusieurs de ses collègues: Braune, Weber, Scheibner et Thiersch. Le médium avec lequel il expérimenta était l'Américain Slade, et les conclusions du savant allemand[49] sont aussi catégoriques que celles du savant anglais.
En France, c'est le docteur Gibier, ancien interne des hôpitaux de Paris, et que ses recherches de Pathologie expérimentale avaient familiarisé avec les procédés d'investigation des Sciences positives, qui est le premier à aborder, en 1886, l'étude des phénomènes de Psychologie occulte; il est, du moins, le premier qui ose en parler ouvertement. Il expérimente avec le médium Slade et obtient des résultats aussi positifs que ceux de ses devanciers étrangers. Dans son premier livre, le Spiritisme, il se borne à enregistrer des faits et se garde sagement de tout essai de théorie explicative. Dans le second, Analyse des choses, il est moins prudent.....
Puis, tandis que le docteur Luys et M. Ochorowicz étudient, l'un l'action des médicaments à distance et le transfert des maladies, l'autre la Suggestion mentale, le colonel de Rochas d'Aiglun, administrateur de l'Ecole polytechnique, se livre à ses belles études sur les Forces non définies de la nature et les Etats profonds de l'Hypnose[50].