Mais on ne tarda pas à découvrir que ce n'est pas seulement la pensée qui est transmissible; ce seraient aussi, toujours d'après MM. Janet et Gibert et les travaux de la Society for psychical Researches, les sentiments et les sensations qui pourraient se communiquer sans aucun intermédiaire apparent. Ce fait avait été déjà signalé et revendiqué par les magnétiseurs, notamment par Lafontaine[59]; mais il était loin d'avoir reçu une confirmation sérieuse. Or, voici ce que raconte à ce sujet M. Janet:

Madame B... semble éprouver la plupart des sensations ressenties par la personne qui l'a endormie. Elle croyait boire quand cette personne buvait. Elle reconnaissait toujours exactement la substance que je mettais dans ma bouche et distinguait parfaitement si je goûtais du sel, du poivre ou du sucre... Le phénomène se passe encore, même si je me trouve dans une autre chambre... Si même, dans une autre chambre, on me pince fortement le bras ou la jambe, elle pousse des cris et s'indigne qu'on la pince ainsi au bras ou au mollet.

Enfin, mon frère qui assistait à ces expériences et qui avait sur elle une singulière influence, car elle le confondait avec moi, essaya quelque chose de plus curieux. En se tenant dans une autre chambre, il se brûla fortement le bras, pendant que Madame B... était dans la phase de somnambulisme léthargique où elle ressent les suggestions mentales. Madame B... poussa des cris terribles, et j'eus de la peine à la maintenir. Elle tenait son bras droit au-dessus du poignet et se plaignait d'y souffrir beaucoup. Or je ne savais pas moi-même où mon frère avait voulu se brûler...

Quand Madame B... fut réveillée, je vis avec étonnement qu'elle serrait encore son poignet droit et se plaignait d'y souffrir beaucoup, sans savoir pourquoi. Le lendemain, elle soignait encore son bras avec des compresses d'eau froide.

Il faut, ce nous semble, rapprocher de ces faits certains cas où l'on voit des somnambules «éprouver les douleurs, les souffrances physiques ou morales d'une personne avec qui on les met en relation, en leur faisant, par exemple, toucher de ses cheveux et en déduire un jugement sur son état[60]». De tout temps on a parlé de faits semblables, et les ouvrages des premiers magnétiseurs sont pleins de récits où des somnambules voient l'intérieur du corps de certains malades, décrivent les lésions morbides et indiquent même les remèdes, etc.[61].

On attribuait, autrefois, cette sorte de divination à la lucidité, à la seconde vue, à la faculté de voir dans l'intérieur de l'organisme.

D'après les travaux contemporains, il est probable que l'on se trouve plutôt en présence d'une transmission des sensations.

L'une des premières observations de ce genre, faite par des expérimentateurs dignes de foi, est consignée dans le rapport que Husson, assisté de Bourdois de la Motte, Guéneau de Mussy, etc., présenta à l'Académie de médecine de Paris, en juin 1831, et dans lequel il concluait à l'existence du magnétisme animal. Comme on le sait, ce rapport n'influa en rien sur les opinions de l'Académie, qui n'osa même pas l'imprimer.

Or, on y lit ceci:

Nous n'avons rencontré qu'une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport. Nous avions, cependant, fait des recherches sur un assez grand nombre.