..... La commission trouva parmi ses membres quelqu'un qui voulut bien se soumettre à l'exploration de la somnambule: ce fut M. Marc... Mlle Céline appliqua la main sur le front et la région du cœur, et au bout de trois minutes, elle dit que le sang se portait à la tête; qu'actuellement M. Marc avait mal dans le côté gauche de cette cavité; qu'il avait souvent de l'oppression, surtout après avoir mangé; qu'il toussait fréquemment, que la partie inférieure de la poitrine était gorgée de sang, que quelque chose gênait le passage des aliments, que cette partie (et elle désignait la région de l'appendice xyphoïde) était rétrécie; que, pour guérir M. Marc, il fallait qu'on le saignât largement, etc., etc., etc...

M. Marc nous dit, en effet, qu'il avait de l'oppression lorsqu'il marchait en sortant de table; que souvent il avait de la toux et qu'avant l'expérience il avait mal dans le côté gauche de la tête, mais qu'il ne ressentait aucune gène dans le passage des aliments.

Nous avons été frappés de cette analogie entre ce qu'éprouve M. Marc et ce qu'annonce la somnambule; nous l'avons soigneusement annoté et nous avons attendu une autre occasion pour constater de nouveau cette singulière faculté.

D'autres auteurs relatent des faits analogues: nous les laisserons de côté pour nous en tenir à ceux qu'a observés M. Richet dans ses récentes expériences avec une Somnambule habituée aux consultations[62]. M. Paulhan les cite dans son article de la Revue des Deux-Mondes, et c'est d'après lui que nous les rapportons:

«Je suis avec Héléna, dit M. Richet, chez Mme de M..., qui l'interroge sur divers malades. Il va de soi que je recommande à Mme de M... de ne rien dire dans le cours de cet interrogatoire, et elle se conforme rigoureusement à ma recommandation, de sorte que c'est moi seul qui parle à Héléna et j'ignore absolument quels sont les malades dont il est question.—Pour le premier malade, Héléna dit: «J'ai mal aux nerfs. Je suis très agitée. Je ne peux me soutenir. J'ai mal à la tête et dans le derrière de la tête, mais moins qu'à la poitrine, les jambes faibles. Je suis presque sans connaissance.» Le diagnostic est relativement exact: il s'agissait d'une femme atteinte d'une grande irritation bronchique chronique. Elle tousse depuis plusieurs années; en outre, elle a un peu d'hystérie et un état de spleen et de tristesse presque insurmontable, avec une grande irritation nerveuse. La consultation continue. Pour le second malade, Héléna dit: «Fièvre, mal dans les reins, j'ai chaud et je souffre dans les reins.» En disant les reins, elle montre uniquement le foie. «Le diagnostic est exact. Il s'agissait de M. B..., qui souffre, depuis deux ans, d'une affection hépatique rebelle, avec un teint bilieux et des douleurs vives dans la région hépatique.» Enfin, pour un troisième malade, Héléna dit: «J'ai mal à la tête, je ne puis définir ma sensation. Je suis à bout de forces, sur le point de m'évanouir, minée par la fièvre. Ce n'est pas un mal violent, c'est un mal languissant, un malaise indescriptible; j'ai mal partout et mal nulle part.» Ici encore, d'après M. Richet, le diagnostic est exact. Il s'agit de M. C..., jeune homme qui, après un séjour de quelques mois dans les pays chauds, a un état fébrile vague, sans localisation précise, une fatigue permanente et un affaiblissement général des forces[63]».

Cette observation présente ceci de particulier que la somnambule ne se trouve pas en présence des malades: l'intermédiaire probable serait donc Mme B...

Sans nous lancer dans aucune tentative de théorie, disons que le cas précédent se rapproche de ceux où des somnambules ont deviné et décrit les symptômes morbides d'un sujet par le seul contact d'un objet ayant appartenu à ce sujet.

Dans un ordre de faits connexes, le docteur Babinski a opéré, à la Salpétrière, à l'aide d'un aimant, le transfert d'anesthésies, de paralysies, d'une coxalgie, d'une hystérique à une autre, placée à peu de distance.

A la Charité, le docteur Luys, qui avait déjà découvert l'action des médicaments à distance, a obtenu des résultats fort singuliers: après avoir posé quelques instants un aimant en fer à cheval sur la tête d'un malade ordinaire, il le pose sur la tête d'un sujet légèrement endormi, placé dans une pièce voisine, et communique à celui-ci les symptômes morbides—quels qu'ils soient—du premier[64].

De l'ensemble de ces faits et d'une foule d'autres, sur lesquels les dimensions de ce travail ne nous permettent pas d'insister, il résulte que, si la preuve dernière, absolue, irréfutable, l'experimentum crucis des alchimistes reste encore à faire au sujet de la possibilité des relations occultes d'un être à un autre, on se trouve, du moins, en présence de phénomènes qui semblent «nécessiter la projection d'un élément sensible hors du corps, soit de l'individu qui fait percevoir, soit de celui qui perçoit.»