Cette proposition recevrait une éclatante confirmation si, comme tout le fait espérer, la découverte que vient de faire M. de Rochas, de l'extériorisation de la sensibilité, était reconnue scientifiquement exacte[65].
De la télépathie expérimentale, «de celle où l'expérimentateur et le sujet prennent part, consciemment et volontairement, à l'expérience, passons à la télépathie spontanée; ici, l'agent n'exerce aucune action consciente ni volontaire, et la personne qui éprouve l'impression ne s'attend pas d'avance à l'éprouver[66]».
Cette transition entre les deux genres de phénomènes est loin d'être rigoureusement légitimée par les faits. Dans la transmission de pensées, de sentiments, de sensations, etc., l'impression ressentie à distance par le sujet a été voulue, imaginée fortement par l'agent. Dans les hallucinations véridiques, dont nous allons parler et qui constituent la télépathie spontanée, l'objet qui apparaît n'est pas celui sur lequel s'était concentrée la pensée de l'agent.
Ainsi, A meurt loin de B et son image apparaît à B; il est fort peu probable que A, au moment de mourir, ait pensé fortement à sa propre image et en même temps à B.
Néanmoins, il existe quelques expériences dans lesquelles l'agent a voulu apparaître au sujet, et, bien que «l'aspect extérieur d'une personne tienne relativement peu de place dans l'idée qu'elle se fait d'elle-même», ces expériences de dédoublement volontaire et de projection du double peuvent, à la rigueur, servir d'intermédiaire entre les faits de télépathie expérimentale et ceux de télépathie spontanée.
Voici une de ces expériences, empruntée à la traduction du Phantasms of the Living:
IV (13). Le sujet de l'expérience est notre ami, le Rev. W. Stainton Moses; il croit posséder un récit contemporain de l'événement, mais il n'a pu encore le retrouver au milieu de ses papiers. Nous connaissons un peu l'agent. Son récit a été écrit en février 1879, et on n'y a fait, en 1883, que quelques changements de mots, après l'avoir soumis à M. Moses, qui l'a déclaré exact.
Un soir, au commencement de l'année dernière, je résolus d'essayer d'apparaître à Z..., qui se trouvait à quelques milles de distance. Je ne l'avais pas informé d'avance de l'expérience que j'allais tenter, et je me couchai un peu avant minuit, en concentrant ma pensée sur Z. Je ne connaissais pas du tout sa chambre ni sa maison. Je m'endormis bientôt et je me réveillai le lendemain matin, sans avoir eu conscience que rien se fût passé.
Lorsque je vis Z.. quelques jours après, je lui demandai: «N'est-il rien arrivé chez vous, samedi soir?»—«Certes oui, me répondit-il, il est arrivé quelque chose. J'étais assis avec M... près du feu, nous fumions en causant. Vers minuit et demi il se leva pour s'en aller et je le reconduisis moi-même. Lorsque je retournai près du feu, à ma place, pour finir ma pipe, je vous vis assis dans le fauteuil qu'il venait de quitter. Je fixai mes regards sur vous et je pris un journal pour m'assurer que je ne rêvais point; mais lorsque je le posai, je vous vis encore à la même place. Pendant que je vous regardais, sans parler, vous vous êtes évanoui. Je vous voyais, dans mon imagination, couché dans votre lit, comme d'ordinaire à cette heure, mais cependant vous m'apparaissiez vêtu des vêtements que vous portiez tous les jours». «C'est donc que mon expérience semble avoir réussi, lui dis-je. La prochaine fois que je viendrai, demandez-moi ce que je veux; j'avais dans l'esprit certaines questions que je voulais vous poser, mais j'attendais probablement une invitation à parler.»—Quelques semaines plus tard, je renouvelai l'expérience, avec le même succès. Je n'informai pas, cette fois-là non plus, Z..., de ma tentative. Non seulement il me questionna sur un sujet qui était à ce moment une occasion de chaudes discussions entre nous, mais il me retint quelque temps par la puissance de sa volonté, après que j'eus exprimé le désir de m'en aller. Lorsque le fait me fut communiqué, il me sembla expliquer le mal de tête violent et un peu étrange que j'avais ressenti le lendemain de mon expérience. Je remarquai, du moins, alors, qu'il n'y avait pas de raison apparente à ce mal de tête inaccoutumé. Comme la première fois, je ne gardai pas de souvenir de ce qui s'était passé la nuit précédente, ou du moins de ce qui semblait s'être passé.