Jusqu'ici on croyait ces cas assez rares, et quand l'apparition et l'événement avaient concordé d'indéniable façon, on attribuait cela à une hallucination coïncidant fortuitement avec le fait réel.
Mais les récents travaux dont nous avons parlé ont révélé que ces hallucinations véridiques sont bien moins rares qu'on ne pensait.
Certes, tous les documents que l'on a réunis (plus de huit cents) sont de valeur très inégale, et l'on comprend qu'il ne puisse en être autrement en des matières aussi délicates. Tantôt le narrateur n'exerce pas sur le témoignage de ses sens une critique suffisamment rigoureuse, l'imagination déforme le souvenir: on soutient avoir vu ce qu'on désire avoir vu; tantôt l'hallucination n'a pas coïncidé, autant qu'on veut bien le dire, avec l'événement.
Le malheur, en ces questions, est—on ne saurait trop le répéter—que l'ignorance à peu près absolue où nous sommes de la plupart des conditions des phénomènes empêche de les reproduire à volonté. Et même—comme dit M. Héricourt—«quand nous les connaissons, ces conditions, nous voyons que ce sont précisément celles qui échappent le plus à l'expérimentation. Deux éléments se retrouvent, en effet, dans presque toutes les observations: d'une part, une sympathie étroite entre les personnes mises en communication, d'autre part, un événement de nature à faire vibrer à l'excès cette sympathie préalable. Or, c'est précisément ce second élément qui, naturellement, échappe aux expérimentateurs. On n'installe pas un drame comme on fait une démonstration de physiologie[68].»
C'est ainsi que l'on ne peut démontrer, par l'expérimentation, la valeur des documents.
«Le jour, et il ne peut être lointain, dit M. Richet, où l'on aura fourni une preuve expérimentale de la télépathie, la télépathie ne sera plus discutée et elle sera admise comme un phénomène naturel, aussi évident que la rotation de la terre autour de son axe ou que la contagion de la tuberculose[69]».
Pour l'instant, nous en sommes réduits à soumettre: 1o chacun des cas qu'on nous signale à la plus rigoureuse des analyses; 2o le total de ces cas au calcul des probabilités, et, lorsque cette analyse et les mathématiques nous ont révélé, d'un côté la bonne foi et la sagacité de l'observateur, de l'autre l'impossibilité d'invoquer constamment une coïncidence fortuite, nous devons, sous peine de refuser toute valeur au témoignage humain, admettre sinon la réalité absolue, du moins la probabilité très grande des faits de télépathie.
Voici les résultats que le calcul des probabilités a fournis à M. Dariex[70]:
1o L'hypothèse de la réalité d'une action télépathique visuelle serait quatre millions cent quatorze mille cinq cent quarante-cinq fois plus probable que celle de la coïncidence fortuite. 2o L'hypothèse de la réalité d'une action télépathique auditive serait un million quatre cent quatre vingt-treize mille cent quatre-vingt-dix fois plus probable que celle de la coïncidence fortuite.
Evidemment, il ne faut pas exagérer la valeur de ces chiffres, car rappelons-nous que les données du problème sont singulièrement multiples et délicates.