Ce qui les en différencie réellement (outre, bien entendu, leur coïncidence avec un fait réel), c'est, «d'une part, le fait que les hallucinations visuelles télépathiques sont beaucoup plus fréquentes que les hallucinations auditives (le contraire a lieu dans les hallucinations ordinaires)[75]; c'est, d'autre part, la proportion considérable d'apparitions non reconnues parmi les hallucinations subjectives, apparitions que l'on ne rencontre que rarement dans les cas de télépathie[76].»
Laissant de côté les cas qui se produisent pendant le sommeil (rêves véridiques)[77] ou dans un état intermédiaire au sommeil et à la veille, nous allons nous occuper de celles de ces hallucinations véridiques que le sujet perçoit dans un état de veille parfaite et qui lui donnent l'illusion absolue de la réalité.
Nous les diviserons en visuelles, auditives et tactiles.
Dans un second groupe, nous étudierons les hallucinations réciproques, celles, beaucoup plus rares, où deux personnes s'apparaissent l'une à l'autre en même temps.
Et enfin les hallucinations collectives qui affectent plusieurs sujets à la fois.
A.—Hallucinations télépathiques visuelles
Comme nous l'avons dit, ce sont les plus nombreuses, contrairement à ce qui arrive pour les hallucinations ordinaires. Elles présentent tous les degrés de netteté possibles, depuis celui où le sujet hésite sur le degré d'extériorité qu'il convient d'attribuer à la vision, jusqu'à l'illusion de la réalité la plus complète, jusqu'à l'objectivation absolue.
Voici un cas où l'illusion semble avoir été complète. Nous l'empruntons, comme tous ceux qui suivront, à l'excellente traduction que M. Marillier a publiée du Phantasm of the Living[78]:
LXXI (28). N. J. S., bien qu'on parle de lui à la troisième personne dans ce récit, en est le véritable auteur; nous le connaissons personnellement. Il occupe une position qui fait souhaiter que son nom ne soit pas publié; mais nous sommes autorisés à le faire connaître aux personnes qui voudraient examiner le cas de plus près. Ce récit nous est parvenu peu de semaines après l'événement.
N. J. S. et F. L. étaient employés dans le même bureau; ils avaient noué des relations intimes qui continuèrent pendant environ huit ans. Ils s'estimaient l'un l'autre beaucoup. Le lundi 19 mars 1883, lorsque F. L. vint au bureau, il se plaignit d'avoir souffert d'une indigestion. Il alla consulter un pharmacien, qui lui dit qu'il avait le foie un peu malade et qui lui donna un médicament. Le jeudi, il semblait ne pas aller beaucoup mieux. Samedi, il ne vint pas et N. J. S. a appris que F. L. s'était fait examiner par un médecin qui lui avait conseillé de se reposer deux ou trois jours, mais qui ne pensait pas qu'il eût rien de sérieux.