Dans les nombres donnés plus haut, nous avons compris toutes les expériences faites du 29 mai au 4 septembre 1889; mais le total de 2,585 est seulement approximatif, parce que le registre qui contenait un certain nombre d'expériences infructueuses a été détruit au début. Ce n'est que plus tard que mon amie pensa qu'il était important de les noter toutes. Elle a des raisons pour penser que 80 expériences au moins ont été ainsi perdues, et c'est ce nombre de 80 que nous avons supposé.

M. Dariex a raison de dire que «si l'expérience avait été faite, non pas avec les mêmes jeux de cartes, mais avec des jeux neufs ou renouvelés, la clairvoyance serait absolument démontrée d'une manière irréprochable.»

Venons-en maintenant aux cas de lucidité spontanée.

Sans remonter loin dans le passé, on trouve, dans les ouvrages des premiers auteurs qui ont écrit sur l'hypnotisme, des exemples de somnambules voyant à distance dans le présent, et même dans le passé, toutes sortes d'événements: des scènes de meurtre, par exemple, les reconstituant, aidant à trouver le coupable; d'autres indiquent la place où l'on retrouvera des objets perdus, les trouvent eux-mêmes, sans aucune hésitation, etc., etc.

Actuellement même, il existerait, paraît-il, un médecin de campagne qui, par l'intermédiaire d'un sujet merveilleux, saurait, sans sortir de chez lui, de quelles maladies sont atteints les clients qui demandent son aide; il emporterait ainsi les remèdes que, d'avance, il saurait leur être nécessaires...

Par malheur, toutes ces observations manquent de contrôle. Il n'en est pas ainsi de celles qu'a réunies, dans sa consciencieuse étude, Mme Henry Sidgwick[85]. Ici, les documents ont été soumis à une critique éclairée et confirmés par des témoignages aussi précis et aussi nombreux que possible. Et de cette analyse vraiment scientifique, il ressort, comme nous le disions plus haut, que les cas de lucidité ou de clairvoyance véritable doivent être infiniment rares. Dans un grand nombre de circonstances, en effet, on attribue à la lucidité ce qui, en réalité, est le fait soit de la télépathie, soit de suggestions involontaires de la part des assistants, soit enfin d'auto-suggestions chez le sujet. Nous répétons d'ailleurs que le départ à faire entre ces diverses causes possibles est très délicat, très malaisé.

Pour fixer les idées, disons encore une fois que le problème de la véritable lucidité se pose ainsi:

Est-il possible à un sujet, dans l'état de veille ou dans l'état de sommeil hypnotique, de décrire exactement des lieux qu'il n'a jamais vus, ou des événements qui se passent loin de lui, alors qu'aucune des personnes qui l'entourent ne connaît ni ces lieux ni ces événements?

Nous répondrons en citant l'observation suivante, empruntée au travail de Mme Sidgwick et qui nous paraît réaliser à peu près les conditions exigées[86]:

Un hypnotiseur, M. Hansen, possède un sujet, M. Balle, avec lequel il tente des expériences de lucidité. Voici, d'après Mme Sidgwick, les documents relatifs à deux de ces expériences.