Notre mère, disent les frères Suhr, habitait, à cette époque, Rœskilde, en Seeland. Nous demandâmes à Hansen d'envoyer Balle la visiter. Il était tard, dans la soirée, et, après avoir un peu hésité, M. Balle fit le voyage en quelques minutes. Il trouva notre mère souffrante et au lit; mais elle n'avait qu'un léger rhume qui devait passer au bout de peu de temps. Nous ne croyions pas que ceci fût vrai, et Hansen demanda à Balle de lire, au coin de la maison, le nom de la rue. Balle disait qu'il faisait trop sombre pour pouvoir lire; mais Hansen insista, et il lut: «Skomagers traede». Nous pensions qu'il se trompait complètement, car nous savions que notre mère habitait dans une autre rue. Au bout de quelques jours, elle nous écrivit une lettre dans laquelle elle nous disait qu'elle avait été souffrante et s'était transportée dans «Skomagers traede».

La soussignée V. B..., femme de Suhr, alors Miss Clara Wilhelmine Chrristensen, fut témoin d'une autre expérience.

«A cette époque, ma femme habitait, à Slora Goothaab, une grande ferme sur la route de Goothaab, près de Copenhague; mais elle était allée à Odense voir un parent et M. Hansen et sa femme qui, comme je l'ai déjà dit, étaient alors établis à Odense. La séance eut lieu dans la pièce ci-dessus mentionnée.

Ma femme désira savoir ce qui se passait à Slora Goothaab, dans la maison de l'ingénieur des télégraphes Schjotz, avec la famille duquel elle habitait, et elle pria donc M. Hansen de faire à M. Balle des questions à ce sujet. Elle savait très bien qu'aucun d'eux n'était jamais allé à l'endroit en question. M. Hansen prit alors une lettre écrite par ma femme et la plaça sur le front de M. Balle hypnotisé, en disant: «Essayez de trouver l'endroit où habite l'auteur de cette lettre.» Balle: «C'est inutile, puisqu'elle est dans cette pièce.» Alors M. Hansen insiste fortement pour que Balle trouvât la maison et après avoir hésité un peu, d'abord parce qu'il fallait traverser l'eau (le Hora Balt), puis parce que, comme il le dit, lorsqu'il atteignit la route de Goothaab, «il fait si noir ici.» «Eclairez votre esprit et voyez», répondit Hansen; et Balle continua à avancer: «M'y voilà», dit-il quelques instants après.

Hansen: «Que voyez-vous?»—Balle: «Cela ressemble à un château.»—H...: «Entrez dans la maison.»—B...: «Il y a de grands escaliers.»—H...: «Très bien! Maintenant il faut aller dans la chambre de la dame.»—B...: «Il n'y a personne.»—H...: «Pas un être vivant?»—B...: «Mais si! un serin dans une cage.»—H...: «Où est-elle posée?»—B...: «Sur une commode.»

Ma femme fit la remarque que ceci n'était pas exact, car la cage était toujours sur la fenêtre; mais Balle persista à l'affirmer.

Il y avait quatre enfants dans la famille, et ma femme voulut savoir comment ils allaient.

—H...: «Allez chez la famille, et voyez comment vont les enfants.»—B...: «En voici deux au lit.»—H...: «Il faut en trouver d'autres.» Balle chercha beaucoup; enfin il s'écria: «En voilà encore un! Eh! non, c'est une poupée», dit-il avec indignation, et il agita la main comme s'il rejetait quelque chose. En dépit de l'insistance de M. Hansen, M. Balle ne put trouver plus de deux enfants, mais il vit dans son lit une dame très malade, presque mourante. Ma femme savait que ceci était exact, c'était une Miss Mary Kruse... Elle était très malade quand ma femme avait quitté Copenhague, et le docteur ne croyait pas qu'elle pût vivre, car elle était phtisique au dernier degré. H...: «Comment va Miss Kruse?»—B...: «Très mal.»—H...: «Mourra-t-elle?»—B...: «Elle se rétablira.»

Lorsque ma femme revint à Slora Goothaab, elle ne dit rien de ce qui était arrivé, mais demanda à une autre sœur de M. Schjotz, Miss Caroline Kruse, si son serin avait toujours été bien portant, pendant son absence, et s'il avait toujours été à sa place accoutumée, excepté un soir où elle l'avait mis sur la commode pour le préserver du froid. Quant aux enfants, elle dit que deux d'entre eux, précisément le jour en question, étaient allés voir le frère de leur père, Schjotz, le manufacturier de tabacs, Kjohmagergade-street, à Copenhague. La dame malade vit toujours et est depuis plusieurs années directrice d'une grande école de filles, dont on dit beaucoup de bien à Iredriksbergs Allé, près de Copenhague.

Ont signé en témoignage de la vérité du récit ci-dessus: