Anton Tilhelm Suhr, photographe.
Ystad (Suède), 30 août 1891.
Valdemar Bloch Suhr, artiste dramatique et peintre.
En réponse à mes questions, M. Anton Suhr m'écrit sur une carte postale, datée du 9 octobre 1891: «Les notes que vous avez sont un abrégé du procès-verbal (mon frère l'a eu en sa possession, et il l'a écrit pendant les expériences du clairvoyant) et exactement dans les mêmes termes.»
Alfred Baikman.
Nous entendîmes parler, pour la première fois, de ce cas de clairvoyance, dit Mme Sidgwick, par M. Hansen, qui a eu l'amabilité, d'écrire pour nous le récit suivant de ses propres souvenirs de cette circonstance, et nous a adressé à M. Anton Suhr, pour en avoir la confirmation. Il s'écoula quelque temps avant que nous n'ayons eu l'occasion de communiquer avec M. Suhr, en Suède.
13 mai 1889.
En causant avec le docteur A. J. Neyers, il m'arriva de mentionner un exemple de ce que je considère comme la clairvoyance indépendante. Le docteur Neyers me demanda alors de le mettre par écrit. C'est ce que je vais faire, et j'essaierai de raconter les faits avec autant de concision que possible, car je crois que ma mémoire les a fidèlement retenus; si cependant je fais quelques erreurs, elles pourront être rectifiées par deux gentlemen présents, dans la circonstance, et dont je donne les noms.
En 1867, j'habitais Odense (Danemark), et je recevais souvent deux jeunes gentlemen, établis dans la ville comme photographes; ils étaient frères, fils d'un fameux jardinier paysagiste et neveux d'un prédicateur alors en vogue, le R. Bloch Suhr, d'Helligertor Thurch, à Copenhague. L'aîné s'appelait Valdemar Bloch Suhr, le plus jeune Anton Suhr. En outre, je voyais souvent chez moi un jeune homme nommé Valdemar Balle, maintenant avocat à Copenhague.
A différentes reprises, j'avais hypnotisé M. Balle, mais j'avais seulement essayé de le mettre dans l'état hypnotique caractérisé par la léthargie et l'anesthésie, ou encore de produire des illusions ou des hallucinations; au fait, les expériences avaient été plutôt faites pour l'amusement de mes deux amis, les frères Suhr, que dans un but de recherche. Cependant, M. Balle qui, à cette époque, étudiait et travaillait beaucoup, se sentait très reposé et fortifié après chaque sommeil magnétique, et me demandait parfois de l'endormir pendant peu de temps; après quoi il était généralement très en train et prenait une part active à la conversation. Dans deux ou trois occasions, il donna, pendant son sommeil, des signes de clairvoyance; j'ai oublié les détails: peut-être M. Bloch Suhr, qui a une excellente mémoire, se les rappelle-t-il. Cependant, j'ai conservé un souvenir très net de ce qui suit:
Un soir, quand j'eus hypnotisé M. Balle, et qu'il fut profondément endormi dans un fauteuil, l'aîné des frères Suhr me demanda d'essayer si Balle pourrait aller mentalement à Roskilde, ville de Seeland, à environ 75 ou 80 milles anglais, dont 16 milles de mer, et voir comment se portait la nièce de Suhr. J'y consentis et j'ordonnai à Balle d'aller à Roskilde. Il y était d'abord peu disposé, il dit ensuite: «Me voilà à Nyborg (ville à 16 milles de distance); mais je n'aime pas à traverser l'eau: il fait si sombre!» Je lui répondis de n'y point faire attention, mais de continuer jusqu'à Roskilde. Peu après il dit: «Je suis à Roskilde.» Ma réponse fut: «Eh bien! alors, trouvez M. Suhr.» Un instant après, il dit qu'il se trouvait près du logis de Mrs. Suhr. Afin de vérifier si c'était exact, je lui demandai: «Où demeure-t-elle?» Il donna le nom de la rue et, si j'ai bonne mémoire, dit que la maison était au coin.
Comme je ne connaissais ni Mrs. Suhr, ni son adresse, j'interrogeai du regard M. Suhr, pour lui demander si c'était exact, mais celui-ci hocha la tête et me fit signe que le clairvoyant se trompait. Je dis à Balle qu'il se trompait et qu'il fallait regarder de nouveau. Mais lui, d'un ton assez indigné, répliqua: «Je ne peux pas lire peut-être? Le nom de la rue est écrit là, vous pouvez lire vous-même.» Je crois que ce nom était Skomagerstraede, mais je n'en suis pas sûr. Je me souviens, cependant, que les deux frères Suhr me dirent que ce n'était pas là la rue où habitait leur mère. Mais, comme le clairvoyant paraissait blessé que j'essayasse de le corriger, je n'insistai pas, et le priai d'entrer dans la maison et de voir si Mrs. Suhr se portait bien. Il y semblait d'abord peu disposé, et il donna pour excuse que la porte était fermée. Je lui dis d'entrer quand même. «Je suis entré», répondit-il ensuite, et alors je lui demandai: «Comment va Mrs. Suhr?» «Elle est au lit un peu souffrante; mais sa maladie n'est pas grave; ce n'est qu'un léger rhume. Elle pense à Valdemar: elle lui écrira une lettre dans laquelle elle lui parlera de trois choses.» Il cita trois choses relatives à des affaires. J'ai oublié ce que c'était. Je le réveillai alors, et les frères Suhr firent observer que les informations qu'il nous avait données n'avaient point de valeur, puisqu'elles contenaient une erreur complète, par rapport à l'adresse de leur mère, qui n'habitait pas là où Balle l'avait dit. Je crois que c'était deux jours après que Valdemar reçut de sa mère une lettre qui prouvait que M. Balle avait eu raison. Mrs. Suhr s'était transportée dans la maison que Balle avait indiquée pendant son état hypnotique, sans que ses fils en eussent aucune idée. Elle avait eu réellement un léger rhume et parlait de trois choses dont Balle avait fait mention, presque dans les mêmes termes qu'il avait employés.