Ajoutons encore que, dans son livre de l'Analyse des choses, le docteur Gibier affirme l'existence de cette «force animique.» Il dit l'avoir vu se dégager dans l'obscurité, sous forme de «matière vaporeuse et lumineuse», du corps de l'un de ses clients. «Elle émane principalement, au niveau de la région épigastrique ou des gros troncs artériels[98]»... «J'ai eu maintes fois l'occasion de voir, chez des sujets bien doués, le dégagement de cette force et sa condensation en plein jour, sous une forme ou sous une autre. Je ne saurais mieux, alors, caractériser son aspect qu'en le comparant à l'état vésiculaire qui précède l'état liquide du gaz acide carbonique, lorsqu'on le liquéfie sous pression dans un tube de verre. A ce propos, je dois dire (non que mon intention soit d'établir aucune comparaison, puisque le gaz s'échauffe par la compression) que, lors du dégagement de cette force du corps des sujets, on éprouve, surtout en été ou dans une atmosphère tiède, une vive impression de fraîcheur[99].»
Admettrons-nous que Reichenbach, de Rochas, Gibier et d'autres encore ont été dupes d'hallucinations?
Mais cette force odique, animique, neurique rayonnante[100], psychique (qu'on l'appelle comme on voudra), ne se manifeste pas seulement par des effets lumineux; elle peut aussi—à des distances variables—provoquer des mouvements d'objets matériels, que la mécanique est impuissante à expliquer.
Comme l'étude la plus sérieuse et la plus démonstrative de l'action mécanique de la force psychique a été faite par le professeur William Croockes, nous allons, sans plus tarder, parler de ses travaux.
En une sorte de profession de foi, mise en tête de son livre, le savant anglais a soin d'indiquer l'esprit dans lequel il commence ses études relatives aux «Phénomènes spiritualistes[101].»
«Le spiritualiste, dit-il, parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlevés en l'air, sans l'intervention de force connue; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d'une balance sensible à un poids si petit qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir, qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu'au plafond un corps pesant, fasse mouvoir, sous des conditions déterminées, sa balance si délicatement équilibrée.
»Le spiritualiste parle de coups frappés qui se produisent dans les différentes parties d'une chambre, lorsque deux personnes ou plus sont tranquillement assises autour d'une table. L'expérimentateur scientifique a le droit de demander que ces coups se produisent sur la membrane tendue de son phonautographe.
»Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées, même jusqu'à en être endommagées, par un pouvoir surhumain. L'homme de science demande simplement qu'un pendule, placé sous une cloche de verre et reposant sur une solide maçonnerie, soit mis en vibration.
»Le spiritualiste parle de lourds objets d'ameublement se mouvant d'une chambre à l'autre, sans l'action de l'homme. Mais le savant a construit les instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties: et il est fondé à douter de l'exactitude des observations effectuées, si la même force est impuissante à faire mouvoir, d'un simple degré, l'indicateur de son instrument.
»Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits et même d'êtres vivants apportés à travers les croisées fermées, et même à travers les solides murailles en briques. L'investigateur scientifique demande naturellement qu'un poids additionnel (ne fût-il que la millième partie d'un grain) soit déposé dans un des plateaux de sa balance, quand la boîte est fermée à clef. Et le chimiste demande qu'on introduise la millième partie d'un grain d'arsenic à travers les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau pure est hermétiquement scellée.