«Il serait intéressant, dit à ce sujet M. de Rochas, de savoir si ces extases, paraissant former le premier degré de lévitation, produisent une diminution dans le poids du sujet. N'ayant pas eu l'occasion, fort difficile à saisir, de peser une extatique religieuse, j'ai, du moins, tenté l'expérience dans un cas d'extase hypnotique, provoquée, et je n'ai constaté aucune variation de poids; mais je dois ajouter que le sujet ne cherchait point à s'élever dans la pose qui lui était habituelle, pose qu'il n'a pas été possible de modifier par suggestion.
»Les phénomènes de lévitation sembleraient, d'après ce que nous venons de dire, être la spécialité des ascètes de toutes les religions et se produire plus fréquemment dans certaines races, dans certaines familles que dans d'autres; ainsi on a certainement remarqué que le plus grand nombre des cas cités se sont produits (en Occident) chez les Espagnols ou les Italiens, et que la maison royale de Hongrie en a présenté cinq exemples. Cette singulière propriété a cependant été attribuée aussi à des personnes dont le genre de vie a été fort différent de celui des religieux, car on doit considérer le transport des sorcières au sabbat comme un fait de même ordre que les transports des saints....[123].»
Ces témoignages des temps passés, dont on peut, sans faire preuve d'une trop craintive incrédulité, contester l'authenticité, prennent tout de suite une valeur plus grande quand on les compare aux cas de lévitation qu'ont observés scientifiquement quelques auteurs contemporains.
Ici, comme partout ailleurs en Psychologie occulte, il faut en revenir aux travaux de Croockes.
Voici les cas de lévitation qu'il a observés[124]:
Enlèvements de corps humains.—Ces faits se sont produits quatre fois en ma présence, dans l'obscurité. Le contrôle sous lequel ils eurent lieu fut tout à fait satisfaisant, autant du moins qu'on peut en juger; mais la démonstration, par les yeux, d'un fait pareil est si nécessaire pour détruire les idées préconçues «sur ce qui est naturellement possible ou ne l'est pas», que je ne mentionnerai ici que les cas où les déductions de la raison furent confirmées par le sens de la vue.
En une occasion, je vis une chaise, sur laquelle une dame était assise, s'élever à plusieurs pouces du sol. Une autre fois, pour écarter tout soupçon que cet enlèvement était produit par elle, cette dame s'agenouilla sur la chaise, de telle façon que les quatre pieds en étaient visibles pour nous. Alors elle s'éleva à environ trois pouces, demeura suspendue pendant dix secondes à peu près et ensuite descendit lentement. Une autre fois encore deux enfants, en deux occasions différentes, s'élevèrent du sol avec leurs chaises, en plein jour et sous les conditions les plus satisfaisantes pour moi, car j'étais à genoux et je ne perdais pas de vue les pieds de la chaise, remarquant bien que personne ne pouvait y toucher.
Les cas d'enlèvement les plus frappants dont j'ai été témoin ont eu lieu avec M. Home. En trois circonstances différentes, je l'ai vu s'élever complètement au-dessus du plancher de la chambre. La première fois, il était assis sur une chaise longue; la seconde fois, il était à genoux sur la chaise, et la troisième, il était debout. A chaque occasion, j'eus toute la latitude possible d'observer le fait au moment où il se produisait.
Il y a au moins cent cas bien constatés de l'enlèvement de M. Home, qui se sont produits en présence de beaucoup de personnes différentes; et j'ai entendu, de la bouche même de trois témoins, le comte de Dunraven, lord Lindsay et le capitaine C. Wynne, le récit des faits de ce genre les plus frappants, accompagnés des moindres détails de ce qui se passa. Rejeter l'évidence de ces manifestations équivaut à rejeter tout témoignage humain, quel qu'il soit, car il n'est pas de fait, dans l'histoire sacrée ou dans l'histoire profane, qui s'appuie sur des preuves plus imposantes.
Donnons maintenant, d'après Home lui-même[125], la description des états intimes par lesquels passe le sujet, lors de la lévitation.