«Eveillez-vous, Florence, éveillez-vous! Il faut que je vous quitte maintenant.»
Mlle Coock s'éveilla et, toute en larmes, elle supplia Katie de rester quelque temps encore. «Ma chère, je ne le puis pas; ma mission est accomplie. Que Dieu vous bénisse!» répondit Katie, et elle continua à parler à Mlle Coock. Pendant quelques minutes, elles causèrent ensemble, jusqu'à ce qu'enfin les larmes de Mlle Coock l'empêchèrent de continuer. Suivant les instructions de Katie, je m'élançai pour soutenir Mlle Coock, qui allait tomber sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardai autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. Dès que Mlle Coock fut assez calmée, on apporta une lumière, et je la conduisis hors du cabinet.
Les séances presque journalières dont Mlle Coock m'a favorisé dernièrement ont beaucoup éprouvé ses forces, et je désire faire connaître, le plus possible, les obligations que je lui dois, pour son empressement à m'assister dans mes expériences. Quelque épreuve que j'ai proposée, elle a accepté de s'y soumettre avec la plus grande volonté; sa parole est franche et va droit au but, et je n'ai jamais rien vu qui pût en rien ressembler à la plus légère apparence du désir de tromper. Vraiment, je ne crois pas qu'elle pût mener une fraude à bonne fin, si elle venait à l'essayer, et, si elle le tentait, elle serait très promptement découverte, car une telle manière de faire est tout à fait étrangère à sa nature. Et quant à imaginer qu'une innocente écolière de quinze ans ait été capable de concevoir et de mener, pendant trois ans, avec un plein succès, une aussi gigantesque imposture que celle-ci, et que, pendant ce temps, elle se soit soumise à toutes les conditions qu'on a exigées d'elle, qu'elle ait supporté les recherches les plus minutieuses, qu'elle ait voulu être inspectée à n'importe quel moment, soit avant, soit après les séances; qu'elle ait obtenu encore plus de succès dans ma propre maison que chez ses parents, sachant qu'elle y venait expressément pour se soumettre à de rigoureux essais scientifiques;—quant à imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernières années est le résultat d'une imposture, cela fait plus de violence à la raison et au bon sens que de croire qu'elle est ce qu'elle affirme elle-même.
Telles sont les fameuses expériences de M. Croockes.
Si les résultats en furent accueillis par les Spirites avec des clameurs de triomphe, la Science officielle et le «Bon Sens» du moment ne leur épargnèrent pas—comme on peut le croire—des objections plus ou moins courtoises. Le savant anglais répondit aux plus sérieux de ses adversaires et négligea le reste. On peut lire ses réponses dans son livre.
Depuis cette époque, les idées relatives aux Phénomènes occultes ont subi une sensible évolution. Certes, la conviction à leur sujet est loin d'être faite (et il est même à désirer, dans l'intérêt de notre cause, que cette conviction ne s'établisse qu'avec une méthodique lenteur), mais les négations a priori se font, du moins, de plus en plus rares.
Quant aux expériences de Croockes, elles demeurent, disons le mot, tellement «énormes» et tellement est irritant le dilemme qu'elles posent, qu'il semble que l'on évite de formuler une opinion à leur égard... On les abandonne aux Spirites, et l'on préfère n'en point parler.
Et, cependant, des faits analogues, d'une égale transcendance dans le Surnaturel, ont été observés et contrôlés par d'autres auteurs: l'allemand Zoellner, le professeur russe Aksakof, d'autres encore[133]...
Pour nous, estimant que c'est précisément leur transcendance qui doit exclure de pareils faits d'un travail destiné surtout à familiariser peu à peu l'esprit avec la notion du Surnormal, nous les laisserons de côté, car le vieil adage, sous sa forme vulgaire, n'est souvent que trop vrai: Qui veut trop prouver, etc. Nous préférerions mille fois mettre sous les yeux de nos lecteurs les plus merveilleux phénomènes d'une réalité seulement probable.
Pourtant, comme cette question des phénomènes physiques occultes est très importante et plus que jamais à l'ordre du jour, comme, d'autre part, notre étude doit contenir les plus récentes recherches faites à leur endroit, nous allons terminer cette seconde partie de notre sujet par le compte rendu paru, il y a quelques jours, des expériences instituées, en septembre dernier, à Milan, avec le concours du médium Eusapia Paladino, par MM. Richet, Aksakof, Lombroso et plusieurs autres savants italiens.