Ce compte rendu constitue, dans les archives des Sciences psychiques, un document de la plus précieuse valeur. C'est, en effet, la première fois que l'on voit plusieurs hommes, d'une réputation scientifique incontestée, se réunir dans le but de soumettre à des investigations méthodiques des phénomènes jusqu'ici suspects et rejetés impitoyablement par les Académies. Ce fait seul indique le progrès accompli par les idées relatives à l'Occulte et à quel point ces idées sont «dans l'air». Ce document ne conclut pas, c'est vrai, mais cette conclusion, il nous la fait entrevoir prochaine; de plus, en nous mettant à même d'apprécier leur méthode si rigoureuse et leurs scrupules si tenaces, il nous montre que, lorsque ces mêmes hommes proclameront la réalité des merveilles de l'Occulte, on pourra et même il faudra les croire en toute sûreté d'esprit.
Que l'on veuille donc considérer ce qui va suivre comme le dernier mot dit par la Science officielle sur les phénomènes qui nous occupent. Que l'on veuille aussi le considérer comme une sorte de résumé synthétique de la seconde partie de notre étude, et regarder les opinions émises par les auteurs comme un exposé de ce que nous pensons nous-même.
Comme ce rapport est passablement long, nous nous voyons forcé de n'en citer que les passages les plus caractéristiques. Le lecteur trouvera les autres dans le numéro de février 1893 des Annales des Sciences psychiques.
RAPPORT DE LA COMMISSION
Réunie à Milan pour l'étude des Phénomènes psychiques
Prenant en considération le témoignage du professeur Cesare Lombroso, au sujet des phénomènes médianimiques qui se produisent par l'intermédiaire de Mme Eusapia Paladino, les soussignés se sont réunis ici, à Milan, pour faire avec elle une série d'études, en vue de vérifier ces phénomènes, en la soumettant à des expériences et à des observations aussi rigoureuses que possible. Il y a eu en tout dix-sept séances, qui se sont tenues dans l'appartement de M. Finzi (rue du Mont-de Piété), entre 9 heures du soir et minuit.
Le médium invité à ces séances par M. Aksakof fut présenté par le chevalier Chiaia, qui assista seulement à un tiers des séances, et presque uniquement aux premières et aux moins importantes.
Vu l'émotion produite dans le monde de la Presse par l'annonce de ces séances et les diverses appréciations qui y furent émises à l'égard de Mme Eusapia et du chevalier Chiaia, nous croyons devoir publier sans retard ce court compte rendu de toutes nos observations et expériences.
Avant d'entrer en matière, nous devons faire immédiatement remarquer que les résultats obtenus ne correspondent pas toujours à notre attente. Non pas que nous n'ayons en grande quantité des faits, en apparence ou réellement importants et merveilleux; mais, dans la plupart des cas, nous n'avons pu appliquer les règles de l'art expérimental qui, dans d'autres champs d'observation, sont regardées comme nécessaires pour arriver à des résultats certains et incontestables.
La plus importante de ces règles consiste à changer l'un après l'autre les modes d'expérimentation, de façon à dégager la vraie cause, ou au moins les vraies conditions de tous les faits. Or, c'est précisément à ce point de vue que nos expériences nous semblent encore trop incomplètes.