Henry de Puiseux était alors âgé de vingt-cinq ans. Blond et fin, de petite taille, d'une élégance suprême, il ressemblait à son ami Jean de Kardigân.

Seulement Jean était un peu triste de nature.

Tandis que de Puiseux, toujours gai, joyeux et spirituel, rappelait ce type du soldat de Fontenoy qu'un grand peintre a immortalisé.

—Mon bon Henry, répondit Jean en rendant à son ami sa chaleureuse accolade, comme il y a longtemps que nous ne nous sommes vus!

—Comptons: c'était le 31 juillet au matin. Tu reçus l'ordre d'aller trouver M. de Raguse. Tu vins m'embrasser et tu partis pour Paris. Depuis nous avons été séparés…

—J'ai vécu vingt ans, ami, pendant les seize mois qui viennent de s'écouler.

—Tu as souffert?

—J'ai souffert… j'ai aimé… et j'ai pleuré.

Un silence triste s'établit entre les deux jeunes gens. Enfoncés dans l'ombre du coupé, ils regardaient fuir les maisons à droite et à gauche.

—Où sommes-nous maintenant? demanda Jean, sortant de ses pensées.