Il s'avança près du lit, et s'agenouilla:
—Seigneur, dit-il, mon fils a rempli son devoir. Que ta volonté soit faite!
Puis il déposa un long baiser sur le front du mort.
Mais cet homme énergique était atteint au plus profond de son être, comme un arbre robuste auquel le bûcheron vient de porter un premier coup de cognée.
Il resta anéanti dans sa douleur, les yeux fixés sur ce cadavre, se rappelant sans doute combien de souhaits, combien d'espérances avaient entouré celui qui gisait là, sur cet humble lit d'hôpital.
Il regardait ce mâle et fier visage, où la mort avait mis son empreinte fatale, et dont les yeux, grands ouverts, immobiles, vitreux, ne pouvaient plus le voir…
Alors il éclata en sanglots, et, saisissant la main du jeune homme, l'embrassa à plusieurs reprises.
—Monsieur le marquis!… monsieur le marquis!… dit Aubin Ploguen d'une voix suppliante et coupée par les larmes.
—J'embrasse la main qui a tenu l'épée! répliqua le vieillard avec un sourire navrant.
La porte de la chambre s'ouvrit, un officier supérieur entra. C'était le colonel du régiment de cuirassiers.