N'avait-il pas conquis et mérité la confiance de tous ces hommes?
Une distribution d'armes et de poudre fut faite avec soin. La petite troupe pouvait compter sur quinze cents hommes environ. On prendrait la préfecture, l'hôtel de ville et la caserne.
Il n'y avait qu'un régiment à Lille.
Mais les pauvres gens ignoraient que parmi eux, comme toujours, s'était glissé un faux frère qui avait espionné leurs moindres paroles, leurs moindres actions.
Quand le jour de l'émeute fut fixé (ce devait être le 11 avril), la préfecture en fut avisée presque aussitôt, et prit ses mesures en conséquence.
Dans la nuit du 10 au 11, on fit entrer dans la ville une brigade d'infanterie et deux escadrons de dragons, le plus secrètement possible.
Quand, au matin, les ouvriers descendirent en armes des hauteurs de la cité, ils se heurtèrent contre un mur de baïonnettes, qui menaçaient de les éventrer.
Le plus sage eût été de se retirer; mais à ces heures solennelles où la vie de tant d'hommes va se jouer sur un coup de dés, il se trouve toujours un misérable que nul ne connaît, qui vient on ne sait d'où, pour tirer le premier coup de fusil.
Naturellement ce rôle fut confié au traître qui avait révélé le secret de ses compagnons.
—Bas les armes! cria Maurice Morel qui commandait, en voyant que lui et les siens allaient se briser contre une tentative impossible.