Il n'y avait dans tout cela rien que de fort naturel, et Henry n'avait pas à refuser une chose aussi simple qu'une adresse.

Au reste, il était évident que madame de Sergaz pouvait se la procurer autrement, et que si elle s'adressait à lui pour la connaître, c'est qu'elle n'agissait pas avec de mauvaises pensées.

Puis, comment supposer que le marquis de Rieux aurait muni d'une recommandation aussi chaude une personne dont il n'eût pas été absolument sûr?

—M. Berryer, madame, demeure rue Royale n°7, et M. Hyde de Neuville rue
Neuve-des-Petits-Champs, n°23.

La baronne se leva:

—Je suis logée à l'hôtel Richelieu, monsieur, dit-elle. Tous les jours vous me trouverez chez moi de quatre à six heures.

Henry de Puiseux était doué d'un grand fonds de prudence et d'habileté, que sa gaieté habituelle empêchait de soupçonner.

Certes, la méfiance était peu de mise avec une femme comme madame de Sergaz, mais il valait mieux l'exagérer que d'exposer les chefs du parti à un danger réel.

—Veuillez m'excuser, madame, dit-il, si je vous fais une question; mais j'ai cru deviner, dans vos paroles, que nous étions en communauté d'idées. Donc vous pouvez me répondre franchement. Il se peut que vous vous étonniez, mais…

—Votre demande est naturelle, monsieur, et j'ai hâte d'y souscrire. Je suis restée veuve à vingt-sept ans sans enfants, et presque sans parents. Ma fortune est assez grande, et bien supérieure à mes besoins. J'ai entendu parler de certaines éventualités qui rendent le parti royaliste—mon parti—obligé de recourir à un appel de fonds. Je désire voir M. Berryer pour lui remettre un bon de cinquante mille francs.