Arriva le coup de tonnerre de 89.
Le jeune Grégoire avait vingt ans. Il n'hésita pas et se jeta dans les clubs. Il devint bientôt fameux par son éloquence âpre, emportée, fiévreuse, qui enthousiasmait son rude public de vignerons et de paysans.
Quand la Législative, en se séparant, provoqua l'élection d'une Convention nationale, Grégoire fut désigné un des premiers pour devenir représentant du département de la Côte-d'Or.
Il se fit remarquer par sa violence au milieu des violents, par sa cruauté au milieu des cruels.
Il vota la mort du roi sans délai, et en général, toutes les lois de répression quelles qu'elles fussent.
Vers la fin de la Terreur, il eut le tact politique de comprendre que ce régime de sang et de crimes ne pouvait durer. Il fut l'un des aides de Tallien dans cette campagne qui renversa Robespierre et fit le 9 thermidor.
Sous le Directoire il se tint coi. Au reste sa fortune était faite.
Son père, le drapier de Dijon, lui avait laissé en 1793, au plus fort de la Terreur, un héritage évalué à trente mille livres, amassées louis par louis.
L'or, à cette époque de dépréciation des assignats, valait mille fois sa valeur réelle.
Grégoire se fit acquéreur de biens nationaux. Il continua ce commerce lucratif sur une large échelle. Au 18 brumaire, il possédait, vivants et liquides, cent beaux mille écus tout battant neufs, à l'effigie de la République française une et indivisible.