Henry de Puiseux, son voisin, obtenait seul quelques paroles d'elle.

Encore étaient-ce des paroles banales, sans importance.

Au reste, le jeune gentilhomme s'occupait fort peu du plus ou moins d'importance des phrases prononcées par madame de Sergaz. Il ne l'écoutait pas, se contentait de la regarder parler, quand d'aventure elle daignait desserrer les lèvres.

Il était absolument sous le charme.

Un observateur attentif eût remarqué le léger frémissement qui agitait la belle baronne à certains moments.

L'un des convives, le célèbre M. de Balzac, alors dans tout l'éclat de ses débuts, ne perdait pas de vue madame de Sergaz, et notait chacun des mouvements instinctifs qui trahissaient l'émotion de la belle créature.

Il n'y avait guère de silencieux autour de cette table, en dehors d'Henry de Puiseux, d'Honoré de Balzac et de madame de Sergaz. Henry, parce qu'il regardait; Balzac, parce qu'il pensait; la baronne, parce qu'elle réfléchissait.

A la fin du dîner, les convives passèrent dans les salons. Henry donnait le bras à sa voisine. A cette époque, il y avait encore «des salons.» Cette expression aura bientôt disparu de la langue, aujourd'hui que les hommes ont l'habitude de quitter les femmes en sortant de table pour aller au fumoir.

Ce qui est à la fois poli et agréable: le progrès!

—Vous m'avez autorisé à aller vous voir, madame la baronne, dit Henry.
J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop si j'use de la permission?