Mais au lieu de suivre Jacqueline pendant qu'elle s'enfuit à travers les corridors de l'hôtel Saincaize, expliquons en quelques mots à nos lecteurs comment la veuve de l'ouvrier de Lille avait pu jouer son rôle de baronne.

A la mort de M. le marquis de Rieux, décédé quelques mois auparavant, la police avait mis la main sur les papiers qu'il laissait.

On ne sait jamais ce qui peut arriver. Puis, M. de Rieux ayant joué un certain rôle politique, il pouvait être bon de se prémunir contre des accusations posthumes.

M. Jumelle ayant à dresser une batterie anti-légitimiste, n'avait pas hésité.

Il résolut de construire un roman de toutes pièces, par lequel il arriverait à introduire parmi les légitimistes un traître sans qu'ils s'en doutassent.

Le traître devint une traîtresse, parce que le sous-chef de la police politique avait Jacqueline Morel sous la main et tenait à l'utiliser.

Puis il vaut toujours mieux agir au moyen d'une jolie femme, surtout quand elle est douée de grands moyens de séduction.

Voici donc comment s'y prit l'intelligent M. Jumelle pour arriver à ses fins.

Il fit copier l'écriture du marquis de Rieux par un faussaire auquel on promit sa grâce, et il composa un certain nombre de lettres qui recommandaient chaudement madame la baronne de Sergaz à plusieurs amis du feu marquis.

Il poussa le soin et l'habileté jusqu'à faire faire du papier semblable à celui dont se servait le vieux gentilhomme, papier à couronne et à chiffre identiques.