Puis il lança en avant Jacqueline Morel.
La ruse était grossière, mais simple.
Et en police, comme en toutes choses, ce qui est simple réussit fatalement.
M. Jumelle avait une seule carte contre lui dans cette partie qu'il jouait si délibérément: c'était que la veuve de l'ouvrier manquât de la distinction nécessaire pour remplir le personnage d'une grande dame.
Mais M. Jumelle connaissait ce mot de Rivarol, ce Gustave Claudin du
XVIIIe siècle:
«Toute femme, si humble qu'elle soit, saura toujours monter ou descendre, selon que vous la conduirez en haut ou en bas.»
Il savait que, s'il affublait Jacqueline d'un nom aristocratique, d'une rivière de diamants et d'une robe de velours, il ne viendrait à personne l'idée de croire que la baronne de Sergaz n'existât point.
Surtout, si elle se présentait dans le parti légitimiste, apportant généreusement son offrande à la guerre.
Or, les cinquante mille francs que la jeune femme avait remis à Berryer avaient été pris, purement et simplement, sur les fonds particuliers du ministère de l'intérieur, au chapitre: Dépenses secrètes.
Quant à Jacques, c'était un de ces agents de sous-ordre comme, durant tout le règne de Louis-Philippe, la police en eut dans les maisons qu'elle craignait.