La second se nomme tout simplement Aubin Ploguen. Il est né sur les terres de Kardigân, et y mourra, si Dieu le veut. Le marquis avait quitté son château, en compagnie de Ploguen, pour aller embrasser ses quatre enfants:
Louis, l'aîné, chef d'escadron dans la garde royale; le second, Philippe, élève à l'École Polytechnique; le troisième, Jean, qui, malgré ses vingt ans, est entré aux gardes-du-corps, et, enfin, Marianne, sa fille chérie, ravissante enfant de dix-sept ans, qu'il va chercher au couvent de la Vierge, rue Saint-Paul, pour en faire la joie et la consolation de ses vieux jours.
Si le marquis de Kardigân est un de ces grands et robustes gentilshommes, comme en a enfantés la Bretagne, cette terre de granit recouverte de chênes, à coup sûr Aubin Ploguen résume à merveille en lui l'idée qu'on peut en faire de la force humaine.
Au reste, la conversation qu'il eut avec son maître, en entrant au service de Kardigân, édifiera pleinement le lecteur sur ce personnage, l'un des principaux de notre récit.
C'était vingt ans environ avant le commencement de cette histoire.
Cibot Ploguen, au moment de mourir, avait supplié le marquis de Kardigân de prendre chez lui son fils Aubin.
Cibot Ploguen, vétéran de toutes les chouanneries, avait sauvé plusieurs fois la vie du gentilhomme pendant leurs éternelles guerres contre les Bleus.
Le marquis répondit seulement:
—Tu peux mourir tranquille, mon gars, je t'engage ma parole.
Et Cibot était mort tranquille.