—Monsieur, dit-il, parlons franc. Quand je vous ai demandé la main de votre fille, je vous ai dit quelle était ma position de fortune: j'ai cent mille livres de rente, pas de famille, pas d'obligations. Enfin, vous me connaissez, ou plutôt, vos frères, ceux qui, comme vous et moi, combattent pour la cause du peuple, me connaissent, et vous ont dit que l'on pouvait compter en tout temps sur mon courage et mon intelligence. Vous comprenez qu'il faut bien que je fasse ressortir ce que je vaux, puisque vous en doutez! Or, ce qui vous a décidé à accepter favorablement ma recherche, ce n'est pas ma fortune, vous êtes riche vous-même; ce n'est pas ma jeunesse, puisque je suis vieux avant l'âge; ni ma famille, puisque je n'en ai pas.

Donc, vous aviez une arrière-pensée. Cette arrière-pensée était celle-ci: votre gendre devait apporter à votre ambition une somme d'influence et de pouvoir qui complétât la vôtre. Vous trouvez que je remplissais votre but: je le conçois.

Mais moi, c'est une autre intention qui m'a guidé… J'aime votre fille! et il n'est rien que je ne sois disposé à faire pour devenir son mari.

Rien! entendez-vous?

Donc, quoi que vous vouliez, je le ferai.

—Vous êtes l'homme qu'il me faut.

—Mademoiselle Fernande, séparée de celui auquel elle s'est fiancée, cessera de l'aimer.

—Votre idée est la mienne. Je l'enlèverai demain.

—Je n'aurais pas osé vous soumettre ce projet, monsieur, répliqua
Robert Français, mais je l'approuve.

—Demain, dans la nuit, je partirai avec elle.