Tous les assistants demeurèrent consternés. Ils comprirent qu'il allait se passer quelque chose de solennel entre ce père et ce fils, mis ainsi face à face…
Tous les deux sortaient de la fournaise: le vieillard et le jeune homme avaient leurs habits déchirés par les mêmes balles, leurs visages souillés par la même poussière.
Ils se regardaient…
Philippe de Kardigân s'était demandé souvent ce que dirait son père quand il apprendrait que lui, vicomte de Kardigân, s'était mis du côté du peuple.
Les élèves et les professeurs de l'École virent briller la croix de Saint-Louis sur la poitrine du gentilhomme, et devinèrent la signification de cette scène.
Comme ils voulaient discrètement se retirer, le marquis se tourna à demi vers eux, pendant que Philippe restait muet, tremblant et le regard baissé; puis étendant son bras vers le jeune homme:
—Moi, Huon-Anne, marquis de Kardigân, gentilhomme français, je vous maudis, vous qui avez commis cette traîtrise et cette honte, étant sorti de moi!
Un frisson traversa ces groupes d'hommes comme une houle puissante.
—Et maintenant que vous avez entendu la malédiction, messieurs, sortez ou demeurez, peu m'importe: je pars.
—Mon père! s'écria Philippe d'une voix suppliante.