—On ne sait pas, reprit la même voix. Il s'est trouvé avec Lothon au Carrousel. Cela rappelait le 10 août, comme le raconte M. Thiers. Quand nous avons brisé la grille des Tuileries, Kardigân s'est jeté, en tête de la foule, sur les Suisses et y a fait une trouée. Puis nous sommes entrés aux Tuileries où la bataille a recommencé de chambre en chambre… C'était affreux. Sans Kardigân, qui a fait sauter la cervelle d'un Suisse, j'étais tué net…

Aux premiers mots de celui qui parlait, le marquis avait frémi de joie, en entendant faire l'éloge de son fils. Puis il reçut un choc terrible, en comprenant que Philippe s'était battu contre le roi…

En entendant la phrase de l'élève, il bondit, et s'élança dans le groupe:

—Vous mentez! s'écria-t-il, mon fils n'est pas un traître! Vous mentez! mon fils n'est pas un assassin! Il a tiré l'épée pour le roi, pour son roi: je lui ai donné ma devise: Fidèle!

Au milieu de la stupeur générale, où jeta cette exclamation furieuse, un jeune homme, très-beau de visage, de haute taille, à l'allure fière et décidée, entra dans la cour. C'était Philippe de Kardigân.

—Allons, dit-il joyeusement, la bataille est finie… Vive la
République!

Alors le vieux gentilhomme pâlit comme si on venait de le frapper au visage. Il se redressa, et s'avançant vers son fils:

—Misérable! dit-il…

V

LE PÈRE ET LE FILS