Aussitôt une lettre partit des Tuileries, adressée au cabinet sarde, se plaignant de l'asile offert par Charles-Albert à une conspiration tramée contre Louis-Philippe[7].

Charles-Albert écrivit alors à Madame une lettre expliquant le système politique adopté par les étrangers à l'égard de la France. C'était une invitation polie, mais réelle, d'avoir à quitter le pays sarde.

Madame était faite au malheur. Pourtant, elle ressentit un coup pénible de cette déloyauté, de ce manque de générosité d'un prince de la maison de Savoie.

C'était même une ingratitude, car ce même roi Charles-Albert avait reçu jadis à la cour de France une hospitalité qu'il n'eût pas dû oublier.

Elle partit; mais, avant de quitter Sestri, elle dit un de ces mots profonds qui la vengeaient:

—Décidément, la noblesse des rois s'en va!—Mon aïeul a fait bâtir des palais, mon grand-père des maisons, mon père des bicoques et mon frère des nids à rats. Dieu aidant, mon fils rebâtira des palais!

Elle traversa Gênes et Modène, puis gagna Rome.

Elle partit de Massa, vers le milieu du mois d'avril 1832, et s'embarqua sur le Carlo-Alberto. Le 26, elle fit relâche à Gênes et, le surlendemain, elle était en vue de Marseille.

Il avait été convenu qu'un signal avertirait la princesse du moment précis où elle devait opérer son débarquement.

Ce signal était une fusée rouge qui devait être lancée à quelque distance du phare de Planier.