Comment aurait-elle trouvé le sommeil quand, à deux lieues de là à peine, se jouait le commencement de cette redoutable partie?

A sept heures du matin, elle apprenait que le mouvement de Marseille avait échoué.

Ce fut pour son Altesse Royale une violente douleur.

Le mouvement de Marseille échoué, il fallait renoncer à toute espérance de soulever Lyon et Toulouse.

Mais si elle était profondément affligée de ce premier échec, Madame n'était pas découragée. Ainsi qu'elle l'avait écrit au marquis de Kardigân, elle comptait peu sur le Midi. Pour elle, toute la foi royaliste, cette foi qui ne se contente pas d'espérer, mais qui agit, s'était réfugiée en Bretagne.

Il semble que ces landes arides soient, en ce siècle, le dernier refuge des sentiments chevaleresques d'autrefois. Bertrand Duguesclin est né en Bretagne. Charette était digne d'y voir le jour; il y est mort.

Aussitôt deux partis bien opposés se formèrent autour de la princesse.

L'un était pour la retraite. Il engageait Madame à remonter à bord du Carlo-Alberto et à regagner Massa.

L'autre était pour la lutte, puisque aussi bien elle était commencée.

—Ecoutez, mes amis, dit la duchesse après avoir réfléchi, reculer maintenant ne serait pas seulement une faiblesse, mais une lâcheté.