M. de Kardigân s'avançait déjà vers la porte du préau. A cette phrase de son fils, il s'arrêta et revint vers lui.
—Vous avez bien fait de dire ce mot. J'allais oublier. Vous, l'aîné de ma race! Jamais! Je préférerais briser mon écusson et en arracher ma devise! Demain, vous m'écrirez que vous renoncez à votre droit d'aînesse. Je ne veux pas que le marquis de Kardigân soit un traître à sa famille et à son roi!
Philippe redressa son front et répondit d'une voix douce, mais ferme:
—Ce que vous ordonnez sera accompli, monsieur le marquis. J'ai embrassé vos genoux pour implorer mon pardon… vous êtes resté sans pitié. C'était votre droit.
—C'était mon devoir!
—Mais, quoi que vous ordonniez, j'obéirai!
—Je vous défends de reparaître jamais à mes yeux… Je ne vivrai pas bien longtemps, d'ailleurs. Vous m'avez porté le dernier coup. Comme je ne veux pas qu'il y ait rien de commun entre mon fils unique et vous, je ferai deux parts de ma fortune. Vous hériterez de moi de mon vivant, car je suis mort pour vous, comme, pour moi, vous êtes mort.
—Je ferai mieux, monsieur le marquis, dit Philippe avec une fierté triste. Je comprends ce que vous souffrez. Un Kardigân vous irrite dans les rangs du peuple? Je quitterai mon nom…, mais, en retour, laissez-moi vous adjurer une dernière fois… Oui, il y a des fatalités humaines; oui, c'est affreux de penser que j'étais avec ceux qui ont tué Louis… qui ont assassiné Marianne… Mon pauvre frère! lui si beau et si bon!… ma pauvre Marianne que j'aimais tant, et pour qui j'espérais tant de joies!…
Il s'arrêta un instant.
Puis il reprit plus bas: