—Ah! c'est là mon châtiment, mon père! si vous pouviez lire dans mon cœur, vous y verriez un tel désespoir, que vous auriez pitié de moi!…

M. de Kardigân fit un mouvement comme pour s'avancer vers Philippe.

Mais il retomba dans son immobilité.

—Eh bien! je n'hésite pas à vous obéir, continua le jeune homme. Tous vos ordres seront respectés, parce qu'ils viennent de vous. Mais ne laissez point peser sur mon front cette malédiction qui me tue… Tenez! ce n'est plus même le pardon que j'implore, c'est l'oubli. Je comprends qu'il est de ces traditions de fidélité qui ne doivent pas être brisées… Mais pensez que je perds le même jour mon père, mon frère et ma sœur!… Je reste orphelin et seul…

L'émotion du marquis grandissait à cet appel déchirant qui frappait à son cœur.

Il se disait que ce jeune homme était son enfant et qu'il pleurait.

S'il l'eût trouvé orgueilleux devant lui, rebelle à sa volonté, peut-être fût-il resté implacable.

—Mais au moins pitié pour le reste! acheva faiblement Philippe… Pardonnez-moi, mon père! L'oubli ne me suffirait plus! et n'enseignez pas à Jean à me haïr!

M. de Kardigân était vaincu.

—Mon Dieu, dit-il, ma parole a été plus rapide que mon cœur… Ne fais pas retomber ta colère sur la tête de cet enfant.