Elle n'acheva pas. Une angoisse sourde l'oppressait.
XI
LA PALOTTE ET PINSON
Quand vint le matin, tous les soldats rangés sous les ordres du marquis de Kardigân étaient réunis dans les bois de Machecoul. Dès lors une vie nouvelle commençait pour nos héros.
Madame cessait de s'appeler madame; on ne devait plus la nommer que Mathurine ou ma Tante, quand elle resterait en paysanne; que Petit-Pierre, quand, ainsi que Fernande, elle deviendrait un jeune gars de Bel-Râch ou d'Erqui.
Le marquis de Kardigân devenait Jean-Nu-Pieds, et Henry de Puiseux, Petit-Bleu.
Jean-Nu-Pieds ordonna de commencer aussitôt les travaux de défense.
Ces travaux étaient fort importants; car il ne fallait pas s'exposer à se laisser tourner par les troupes de Louis-Philippe.
Voici en quoi ils consistaient:
Le marquis fit abattre à chaque sentier débouchant de la forêt dans la plaine une centaine d'arbres. Ces arbres, placés en travers de la sente, formèrent un obstacle infranchissable devant lequel devaient s'arrêter les soldats, pendant que les chouans feraient feu, abrités derrière leurs palissades.