Ce travail dura toute la matinée, et chacun y prit part, Pinson et
Jacquelin comme les plus grands.
A midi, les chouans commencèrent à visiter leurs armes à feu.
Puis, le marquis fixa à chaque escouade son cantonnement particulier.
Les onze ou douze cents hommes placés sous son commandement étaient divisés en dix bataillons de cent quinze hommes chacun environ; cinq bataillons avaient pour chef Henry de Puiseux; les cinq autres Jean-Nu-Pieds. A son tour, chaque bataillon formait quatre escouades de vingt-cinq à trente hommes.
Au milieu des bois de Machecoul s'élèvent des grottes vastes, qui ont dû être autrefois des dolmens, ces autels où les prêtres druidiques offraient des sacrifices humains à leurs dieux sanglants. Là étaient emmagasinés des cartouches et des vivres. Il y en avait pour deux mois. Et quand ces provisions seraient épuisées, la mer se chargerait, par le vaisseau l'Espérance ou un autre, d'en apporter de nouvelles.
Le soir de ce second jour, on distribua des vedettes.
Jean et Henry avaient à peine une heure à eux pour causer. Tout leur temps était absorbé par les soins de leurs commandements.
Une huitaine de jours s'écoulèrent ainsi: on était au 13 mai.
Jean-Nu-Pieds commençait à devenir inquiet du retard éprouvé par Madame.
Il savait cependant que Son Altesse était en France, et que la tentative de Marseille avait échoué.
Toutes ces préoccupations avaient naturellement empêché le marquis de remarquer Pinson. Mais si, lui, n'avait pas prêté son attention au prétendu fils du vieux Gouësnon, il n'en était pas de même d'Aubin Ploguen et de la Pâlotte.