Est-ce que les êtres loyaux et fiers ne se comprennent pas aussitôt?

—Voici, dit Jérôme. Nous autres, les républicains de Paris, nous préparons aussi un mouvement insurrectionnel. Seulement, nous avons résolu d'attendre que la Vendée ait commencé, pour que le gouvernement ait affaire à deux ennemis au lieu d'un. Or, un des nôtres a réussi à s'introduire à la préfecture de police. Là, il a entendu parler des troubles de Bretagne…

Jean et Henry prêtaient une oreille attentive à ces paroles. On comprend de quelle importance elles étaient pour eux.

—Malgré l'importance des armements, malgré même la présence de Madame la duchesse de Berry, qui ne fait plus un doute pour personne, un employé supérieur expliqua que le ministère avait un moyen de s'emparer de Madame, quand il voudrait

Jérôme souligna ces trois derniers mots de manière à bien faire comprendre aux deux amis toute leur importance.

—Quel est ce moyen? je l'ignore, mais il y a là-dessous quelque trahison. Vous êtes prévenus. Agissez.

Henry et Jean réfléchissaient à ce qu'ils venaient d'entendre.

Certes, il n'était pas impossible que le roi Louis-Philippe voulût laisser éclater l'insurrection en Vendée pour l'étouffer après plus grandement.

C'était la politique suivie à Marseille, et l'événement venait de prouver qu'elle était bonne.

Pourtant, bien qu'en tout temps, hélas! la trahison ait été l'arme commune, il semblait impossible que dans les rangs de l'armée royaliste il pût se trouver un Judas capable de vendre sa reine.