Petit-Pierre regarda Louis Renaud, et répondit tranquillement:

—Mon filleul s'appelle Deutz.

XVII

LE 5 JUIN!

… Il fait cette clarté douteuse qui n'est pas encore le jour et qui n'est plus la nuit…

Si quelque diable boiteux, suspendu dans les airs, comme Asmodée, avait plané au-dessus de la Bretagne et de la Vendée, voici ce qu'il aurait vu à travers le crépuscule, le 5 juin 1832.

Des masses d'hommes armés partant tous de points séparés, convergeaient vers un centre commun; dans le département de la Loire-Inférieure, on eût dit une toile d'araignée gigantesque. Le corps de l'araignée est à Nantes et ses pattes sont à Clisson, Machecoul, Guérande, Savenay, Pont-Château, Guinravet, Avessac, Derval, Châteaubriand, Saint-Jullien et les Touches. Comme sur une pression immédiate, les pattes se resserrent et reviennent au corps.

En effet, ces hommes armés se levaient au signal général.

Ils ont pris leurs fusils, et s'élancent; dans leurs rangs flotte le drapeau blanc; ce sont des paysans ou des gentilshommes confondus tous ensemble.

Le matin, le général Dermoncourt avait quitté Nantes sur l'ordre du général Solignac. Pendant que les chouans convergent vers Nantes, les troupes de ligne s'en éloignent. Où aura lieu le choc? Il suffit d'une étincelle.