Car, reconnue, elle devrait partir; et partir, c'était le quitter, lui qu'elle aimait par-dessus tout! Partir, c'était recommencer sa vie désespérée, sans bonheur possible et attendu!

La jeune fille marchait un peu en avant, laissant pencher sa tête sur sa poitrine: elle rêvait.

Déjà elle avait perdu de vue le lac de Grandlieu, et suivait la sente étroite et rapide qui mène aux bois de Machecoul.

Tout à coup, il lui sembla entendre derrière elle le pas rapide d'un cheval lancé au galop sur la route. Alors, elle, qui venait de montrer tant d'énergie et tant de courage, éprouva comme le pressentiment d'un danger. Elle eut peur…

Peur, parce qu'elle se trouvait seule, la nuit, au milieu de ces champs déserts.

Elle s'arrêta un moment et prêta attentivement l'oreille… Le bruit du cheval ne se faisait plus entendre.

—Je me serai trompée, murmura-t-elle.

Elle continua de marcher. La route faisait un léger coude qui la rapprochait un peu de la grande route.

Le bruit du cheval qui l'avait frappée une première fois se renouvela.

Elle jeta les yeux derrière elle et aperçut, à cinquante mètres environ, un cavalier de haute taille, enveloppé d'un manteau, malgré la saison, et dont le visage disparaissait presque sous les rebords épais d'un chapeau de feutre.