En toute autre circonstance, il eût quitté son maître, car il le connaissait trop pour ne pas sentir que Jean, le cœur tout entier à ses souvenirs, avait besoin de solitude. Mais il continua:
—Je vous disais donc, maître: Pinson est une femme, j'en jurerais! et d'ailleurs… c'est mon opinion; mais quand j'y songe, je pense qu'il ne peut pas être au Gouësnon, c'est une de la ville.
—Aubin!
—Oh! de la ville!… Je ne crois pas me tromper. Les mains sont trop fines et les pieds trop petits pour être les mains et les pieds d'une paysanne. Puis… elle cache ses cheveux noirs sous sa perruque blonde, et voilà une idée qui ne serait jamais venue à une femme de la campagne.
—Va-t'en, va-t'en, Aubin, laisse-moi, s'écria Jean, bouleversé. Par pitié, mon vieil ami, va-t'en!… Tu ne sais pas combien tu me fais souffrir! Tu ne sais pas… non, tu ne peux pas savoir!
Aubin contempla son maître, et un sourire triste effleura sa lèvre:
—Comme il l'aime! pensa-t-il, et comme il est malheureux!
Il sortit de la hutte.
Resté seul, Jean laissa tomber sa tête entre ses mains, et éclata en sanglots.
—Ah! je suis faible et je suis lâche! s'écria-t-il… Pauvre Aubin! s'il savait combien il m'a torturé! Est-ce que je ne sais pas qui se cache sous le nom de Pinson, et depuis le premier jour? Est-ce que je pouvais ne pas la reconnaître, est-ce que je ne savais pas que c'était elle, elle, ma bien-aimée?