J'espérais pouvoir me mentir à moi-même, et trahir mon devoir! J'étais fou! Fernande, nom adoré, image chérie, je t'avais reconnue, et je forçais mes yeux à ne te pas regarder! car il me semblait ainsi ne pas manquer à ce que je devais. Mais comme je te regardais, de loin! comme je me glissais souvent sur tes pas, pour apercevoir un instant l'ombre de ton corps au milieu du chemin!
Il s'arrêta, puis, reprenant, pensif:
—Pourquoi m'a-t-il dit tout cela? Craint-il donc que je trahisse mon devoir et a-t-il voulu me rappeler à moi-même?
Aubin Ploguen n'avait pas laissé deviner à son maître sa pensée intime. Non, il ne voulait pas le rappeler à son devoir. Ce qu'il voulait, au contraire, c'était de rendre encore un peu de joie à ce pauvre déshérité du cœur.
Il avait un plan, ce brave Breton, nous le savons, et quand nous le verrons, nous serons obligés de reconnaître qu'il ne manquait pas d'habileté.
Jean-Nu-Pieds sortit à son tour de la salle, comme Aubin quelques instants auparavant.
Devant la hutte s'élevait une clairière; deux sentiers, au nord et au sud, se perdaient dans la feuillée: puis, partout, la forêt, avec son imposante masse verte, et les arceaux de lierre et de chèvrefeuille.
Jean allait droit devant lui. Il se dirigeait vers le campement où logeaient la Pâlotte, Jacqueline et Pinson.
Mais tout à coup il s'arrêta un peu interdit. Il avait vu Pinson quitter à pas lents la clairière et s'engager dans un des sentiers.
Aucun bruit ne se faisait entendre; les chouans, fatigués par cette rude journée de combat, dormaient profondément. C'était le silence et presque la solitude.