Fernande suivait lentement le petit sentier. Elle venait de s'éveiller et de sortir de ce rêve, de cet évanouissement où l'avait jetée la brusque attaque dont elle venait d'être l'objet. Sa poitrine oppressée avait peine à respirer l'air de la nuit. Elle se leva pour marcher..

Jean s'avançait derrière elle, se dissimulant avec soin sous les feuilles et les branches tombantes des grands arbres. Cette majesté de la nuit l'impressionnait. Il contemplait de loin cette gracieuse et charmante créature, qui portait avec elle toute sa destinée.

Ah! si elle avait su!

Fernande marchait, légère, la tête inclinée, rêveuse comme Juliette, sa sœur, pensant à Roméo…

Un moment elle s'arrêta dans sa promenade: un rossignol chantait au sommet d'un hêtre. Elle s'arrêta pour l'entendre chanter; la mélodie ravissante sortait du gosier du musicien ailé comme une gamme de notes perlées.

Quand l'oiseau se tut, elle reprit sa marche, sans se douter que Jean était derrière elle.

Le sentier faisait quelques détours dans la forêt, puis, par une pente très-douce, descendait lentement vers la lisière. Fernande aperçut bientôt le ciel de la plaine à travers les branches entre-croisées.

Elle s'avança vers la lisière et s'assit sur le rebord du fossé.

—Encore un jour écoulé, murmurait-elle; encore un jour disparu!… Ah! j'aurais cru pourtant qu'il me reconnaîtrait. Lui, je l'aurais reconnu malgré tout. Est-ce que mon cœur ne pense pas à lui toujours? est-ce que, toujours mes lèvres ne prononcent pas son nom? J'aurais cru qu'il me reconnaîtrait!…

Elle se tut, l'œil fixé sur l'étendue de la plaine.