—Je veux dire, Jean, que celle qui vous a été fiancée, ne peut être, même involontairement, à nul autre époux humain. Mais puisque je ne puis me donner à vous, je me donnerai…

—Fernande!

—A Dieu!

Il éclata en sanglots.

—Oui, Fernande, ma sœur, oui, vous avez deviné le secret qui me tue. Je suis un homme, hélas! c'est-à-dire un être faible. J'ai de violents combats à livrer à mon âme; et si je n'étais pas fort, j'aurais déjà succombé… Tout à l'heure encore!… oh! je rougis d'y penser, maintenant que vous m'avez rappelé à moi-même!… tout à l'heure encore, j'étais prêt à céder… Eh bien, soit! partez, Fernande, partez pour toujours! Ce n'est pas vous qui demandez asile à Dieu: c'est moi qui vous donne à lui!

—Adieu, mon frère! dit-elle en lui tendant son front.

—Adieu, ma sœur!

Ils échangèrent un long baiser, pur comme eux, à ce moment de se quitter à jamais, au moment de rompre pour la vie les liens qui les unissaient l'un à l'autre… Ils étaient debout, dans ce cadre merveilleux d'une splendide nuit de printemps. Un rayon de lune les entourait comme une auréole sainte mise à leur front.

Ce fut lui qui s'éloigna le premier. Fernande ne voulait même pas revenir au camp. Elle oubliait déjà l'attaque nocturne dont elle avait été la victime.

—Adieu! s'écria-t-il une dernière fois avant de disparaître au détour du chemin.