—Qui vous fait croire?…
—Je suis le filleul de Son Altesse.
Le ministre avait dû assister à bien des palinodies honteuses, à bien des sacrifices de conscience: certes, malgré sa jeunesse relative, il devait connaître à fond bien des infamies humaines; néanmoins il fit un soubresaut en écoutant la réponse du misérable.
—Son filleul!
—Oui, continua Deutz, Madame a daigné me tenir sur les fonts du baptême. J'étais dans une religion d'erreur: grâce au ciel, j'ai connu la vérité!
Le ministre commençait à entrevoir la portée d'ambition de ce misérable.
Ce n'était pas une trahison soudaine; non: c'était une machination préparée de longue main. Quand il avait feint de se convertir, ç'avait été pour se prémunir d'une entrée auprès de la noble créature qu'il projetait de trahir. Non content de renier sa religion sans être entraîné par la conviction vers la grandeur de l'Église catholique, il avait trafiqué d'une croyance sainte; il avait spéculé sur l'Évangile et pris Dieu pour complice!
Il dut se passer dans l'âme du ministre de Louis-Philippe un courant de dégoût et de colère.
Et, pourtant, il commit la mauvaise action de ne pas châtier ce drôle comme il le méritait, il chargea sa conscience d'une vilenie,—il faut dire la vérité aux vivants, d'autant plus franchement qu'ils sont plus grands,—en ne faisant pas jeter à la porte ce Judas qui mendiait son salaire!
Deutz continua froidement: